Comme de nombreuses associations, professions, citoyens et élus, « Place-publique.fr » refuse la création par décret du fichier Edvige (acronyme d’Exploitation documentaire et valorisation de l’information générale policier), qui consacre l’ère du soupçon généralisé. La mobilisation a permis de faire reculer le gouvernement sur ce terrain. Mais la vigilance s’impose pour que la France cesse d’être le pays le plus fiché d’Europe

Passé en catimini et sans aucun débat public durant l’été, par décret du 27 juin 2008, ce fichage porte atteinte à nos libertés fondamentales . Selon le décret, le fichier, appelé Edvige, contiendra des « données à caractère personnel » concernant « des personnes physiques âgées de 13 ans et plus », des personnes « ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique » ou « jouant un rôle institutionnel, économique, social ou religieux, significatif ». Tout sera consigné : l’état civil, les adresses physiques, numéros de téléphone et adresses électroniques, ainsi que les « signes physiques particuliers et objectifs, photographies et comportement ». l’immatriculation des véhicules, les informations fiscales et patrimoniales, toutes les données relatives à l’entourage, aux relations personnelles, jusques dans certains cas, les orientations sexuelles ou la santé . Les informations collectées sont notamment « relatives aux individus, groupes, organisations et personnes morales qui, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l’ordre public ».

Mais de nombreuses associations craignent qu’en la circonstance l’occasion fasse le larron. Dans un avis rendu le 16 juin, la Commission nationale Informatique et et Libertés (CNIL) a estimé que « le traitement de telles données appelle l’adoption de garanties renforcées » et doit par conséquent « être encadré ». De son côté, le Conseil national des barreaux, représentant la profession d’avocats, n’a pas hésité à former le 27 août dernier, un recours contre le décret Edvige. Le CNB considère en effet que « ce fichier pose de graves questions en termes de libertés publiques tant en ce qui concerne le nombre de personnes concernées que les informations qu’il est destiné à contenir et centraliser. Le très large accès qui pourra lui être donné à des fonctionnaires de l’Etat sans garanties effectives d’un but légitime poursuivi ne paraît pas plus acceptable. Pour ce qui concerne plus particulièrement les avocats, le fichage de leur clientèle que permettrait le texte porte également atteinte aux conditions fondamentales de l’exercice des droits de la défense dans une société démocratique ». Pour le Syndicat de la magistrature, “cette dimension nouvelle du fichage politique introduit, au prétexte toujours bien commode de l’ordre public, un moyen puissant de dissuasion de toute forme de contestation ou d’opposition citoyenne” et parle d’un “fichier d’inspiration anti-démocratique” . Et pour la Ligue des Droits de l’Homme, “il ne s’agit plus (…) de ficher les auteurs d’infractions constatées, mais, comme pour la rétention de sûreté, de cibler ceux que l’on étiquette d’avance comme de futurs délinquants hypothétiques. Le soupçon préventif suffit à justifier le fichage”.

A l’instar de nombreuses associations « citoyennes » , Place-publique.fr exige le retrait du décret autorisant la mise en place du fichier EDVIGE qui institue un niveau de surveillance des citoyens totalement disproportionné et incompatible avec une conception digne de ce nom de l’état de droit.

Petition : Non à EDVIGE !

http://nonaedvige.ras.eu.org/

C/o Ligues des Droits de l’Homme

138 rue Marcadet 75018 Paris

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