Quatre secondes, pas plus pour se faire taguer une mèche de cheveux où va figurer un nombre important d’informations sensibles qui pourront être lues à distance. Par exemple, les détails de son identité. Un policier saura qui on est  à 2 mètres ! Foin des mauvais scénarios. Cette nouvelle version très technologique de l’encre sympathique, sorte de tag communicant risque de venir bouleverser notre vie. Il s’agit d’une encre biocompatible RFID (technologie d’identification par radiofréquence), une sorte de tatouage high-tech traceur, développée par une start-up américaine du Missouri, Somark Innovation. On a eu les codes barres, les étiquettes, les puces RFID, et maintenant voilà l’encre…

Elle peut être injectée sous la peau d’un animal, pour le moment, ou bien être collée ou tatouée. Ses concepteurs attestent qu’elle est inoffensive pour la santé. Les informations qu’elle contient peuvent être lues à distance (1,2 mètre), en utilisant la RFID. Elle peut être invisible ou au contraire colorée. Le volume d’information dépend de la surface utilisée. On parle déjà d’application humaine permettant la reconnaissance du personnel militaire. Afin de permettre aux soldats de s’identifier entre eux, dans l’obscurité, voire de localiser et d’identifier plus facilement les blessés. D’autres applications sont à envisager avec plus ou moins de bonheur.

On entrevoit les avantages de ce système en termes de traçabilité de la filière bovine, pour laquelle il a été testé, ou dans le secteur agroalimentaire. Elle pourrait être aisément utilisée sur les animaux domestiques. Chiens et chats se retrouveraient ainsi sympathiquement tatoués… La RFID est un nouvel objet de convoitises ; ses applications sont déjà multiples : lutte contre la contrefaçon, gestion des stocks dans les magasins, surveillance des bagages dans les aéroports, mais aussi les dossiers médicaux… La plage d’Ocean City dans l’État du New Jersey , se met à l’heure de « beach brother» en équipant les vacanciers d’un bracelet électronique utilisant la technologie RFID qui leur servira de porte-monnaie , pour s’acquitter notamment du droit d’entrée sur la plage. Et les plagistes équipés en conséquence pour repérer qui n’a pas payé. Mais ce n’est pas tout. Le père de famille qui ne sait plus comment avoir l’œil en même temps sur ses trois enfants qui jouent au bord de l’eau aura son bracelet programmé avec celui de sa progéniture. Si l’un d’eux franchit une entrée ou une sortie sans leur autorisation, les parents recevront immédiatement un message sur leur téléphone portable. Et si les plus petits s’égarent sur la plage, les maîtres nageurs pourront plus vite localiser les parents. Se son coté, le système Verichip propose de glisser sous la peau un implant contenant plusieurs informations…

Les premières formes de la RFID ont déjà envahi notre vie quotidienne, à commencer par le passe Navigo de la RATP. Big brother pourrait se réveiller. Car les téléphones vont demain tous intégrer la radio lecture, en clair le consommateur pourra comme les logisticiens ou les professionnels, utiliser la technologie RFID et lire la fameuse puce électronique porteuse d’information. La miniaturisation, les nouvelles formes comme l’encre ou les implants, la baisse du coût de ces procédés laissent entrevoir que notre univers en sera truffé d’ici 20 ans. Qui tracera qui ? Qui identifiera qui ? Sécurité, confidentialité, liberté. Les questions éthiques sont évidemment au cœur de l’utilisation de ces procédés. Notre géolocalisation ou notre identification à travers des tatouages ou des implants est tout à fait envisageable.

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Au sujet de Yan de Kerorguen

Ethnologue de formation et ancien rédacteur en chef de La Tribune, Yan de Kerorguen est actuellement rédacteur en chef du site Place-Publique.fr et chroniqueur économique au magazine The Good Life. Il est auteur d’une quinzaine d’ouvrages de prospective citoyenne et co-fondateur de Initiatives Citoyens en Europe (ICE).

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