« Boîte à idées » ? « Réservoir d’idées » ? « Machine à penser » ? Le terme « think tank » est aussi difficile à traduire qu’à définir. Sans doute parce que, sous ce terme flatteur et résolument moderne, sont regroupées des organisations très diverses : les structures, opinions et intervenants varient parfois résolument d’un think tank à l’autre. Essayons malgré tout de définir cette notion complexe.

Nés au 19ème siècle aux Etats-Unis, les think tank se sont développés durant la seconde guerre mondiale. Il s’agit de fondations privées, en apparence indépendantes politiquement, émettant des idées dans le domaine des sciences sociales et visant à faire des propositions de politique publique. Les think tank revendiquent en général une certaine objectivité, mais ils ont clairement vocation à amener le débat public sur des thèmes qui leur tiennent à cœur : Ils ont, surtout aux Etas-Unis, un rôle politique non négligeable et sont attachés de très près aux hautes sphères du pouvoir. En France, notre beau pays d’intellectuels, les membres de think tank réfléchissent beaucoup, produisent moultes ouvrages, organisent de nombreuses réunions … et la question de leurs actes concrets se pose, après un rapide panorama des quelques think tanks « qui comptent ».

Terra Nova

Le petit dernier des think tanks a vu le jour le 15 mai 2008. Les médias ont applaudi à grand bruit la nouvelle « machine à penser » de la gauche, sur lequel, en ces temps troublés, sont placés bien des espoirs. Olivier Ferrand, créateur et président de la fondation, affiche un parcours typique d’intellectuel de gauche engagé : secrétaire national du PS aux questions européennes et internationales, ancien directeur de cabinet de Strauss Kahn, professeur à Sciences Po, ce quadragénaire compte bien faire de son think tank une réelle référence dans le secteur de la « gauche qui pense ». Le but de Terra Nova est de « contribuer à l’animation du débat démocratique, à la vie des idées, à l’amélioration des politiques publiques ». Terra Nova revendique des références de haut niveau, telles que l’Institut Montaigne (qui se situe pourtant plutôt à l’autre bout de l’échiquier politique, voir plus bas), et le Center for America progress. Ses 250 membres sont universitaires, chercheurs, responsables syndicaux, commissaires européens et chefs d’entreprises. Financés à 80% par le mécénat d’entreprise (Microsoft, Publicis …), la fondation vit également des adhésions individuelles, de partenariats spécifiques et de prestations de services.

La République des idées

Ce think tank se veut « à la fois un lieu et un lien », nous annonce-t-on dès la page d’accueil : « Un lieu de productions et d’échanges d’idées neuves en Europe et dans le monde, et un lien entre les personnalités, les organisations, les publics qui défendent la force des idées comme moteur de l’être humain ». Dans cette notion de « lien », on retrouve la vocation lobbyiste des think tanks américains, mais l’importance de la réflexion privilégiée sur l’action en fait un véritable think tank à la française ! Créé en 2002 et orienté centre gauche, il est actuellement présidé par Pierre Rosanvallon : Ancien permanent syndical CFDT et membre du PS, cet historien et intellectuel a publié divers travaux sur l’histoire de la démocratie. La République des idées est soutenue financièrement par de grandes entreprises issues du public aussi bien que du privé : Altadis, Lafarge, les AGF, EDF, Air France …Depuis 2007, la République des idées est accompagnée par la Vie des idées, magazine d’analyse et d’informations sur des débats d’idées.

La Fondation Copernic

La Fondation Copernic est l’un des seuls think tank à affirmer sa couleur d’une façon claire et radicale. Le slogan annonce dores et déjà la couleur : la fondation a pour but de « remettre à l’endroit ce que le libéralisme fait fonctionner à l’envers ». Créée en 1998, la fondation s’adresse à « tout ceux qui ne se résignent pas à l’ordre libéral ». Les coprésidents revendiquent eux aussi, par leurs appartenances politiques, des opinions clairement affichées. Anne Le Strat, élue verte du 18ème, est présidente de la commission environnement au Conseil de paris. Roger Martellei est membre du comité exécutif du Parti Communiste Français. L’un des derniers commentaires mis en ligne sur leur site transmet parfaitement la vocation du site : « Que nul n’attende de Copernic des états d’âme, pas d’agitation médiatique non plus. Nous devons posséder les dossiers, réussir à transformer, sans phrases mais dans les faits. Le glamour peut être y perdra. Pas l’efficacité. La gauche de gauche fut longtemps sympathique. Quelquefois même joviale. Elle doit maintenant devenir plus crédible, et tellement plus précise ». Cette longue citation en dit assez sur la vocation du site à ne pas se cantonner aux réflexions et aux spéculations, mais à mettre ensuite en place des outils précis et concrets pour changer la société. Et, même si le mot leur fait apparemment horreur, cela nous les rend plutôt sympathiques.

Fondation Jean Jaurès

L’association a été créée en 1992 sous le parrainage de Pierre Mauroy, à l’époque premier secrétaire du PS. Ce think tank est clairement identifié comme un centre d’études et de réflexions sur le mouvement ouvrier et le socialisme international. Ces études sont ensuite destinées à mener « des actions de coopération économique, politique et culturelle concourant à l’essor du pluralisme de la démocratie dans le monde. » Les travaux de la fondation sont organisés selon trois axes : Coopération internationale : La fondation organise des séminaires et des stages de formation thématiques, ainsi que des colloques internationaux Histoire et mémoire : La fondation abrite en dépôt les archives contemporaines de la direction nationale du Parti socialiste, produites à partir du congrès d’Epinay en 1971. Etudes et recherches : La fondation organise des rencontres, des colloques et des groupes de travail.

Res publica

Fondée par Chevènement en 2005, déclarée d’utilité publique en décembre de cette même année, la fondation a servi de modèle à bien d’autres think tanks : on retrouve par exemple chez Terra Nova une ergonomie du site et même un logo très comparables. L’optique du site est d’entreprendre une recherche sur les concepts clé du modèle républicain, de la citoyenneté et de leur possible internationalisation. Le grand « plus » de la fondation est un tableau de bord des différents think tanks absolument remarquable : tous les « laboratoires d’idées » qui ont une influence sur la place publique y figurent en bonne place, classés par pays. A consulter absolument, pour avoir en « prime » l’opinion des intellectuels internationaux sur toutes les questions géopolitiques qui font l’actualité.

Institut Montaigne

Claude Bébéar, ancien créateur et président d’AXA, a créé ce groupe de réflexions avec Henri Lachmann et Alain Mérieux, au moment où il confiait à Castries la présidence du directoire du groupe. Considéré comme l’un des ténors du capitalisme français, Bébéar a su imposer son empreinte au milieu d’un paysage majoritairement à gauche. Le site se veut ouvert à toutes les opinions, et souhaite « donner la parole à des acteurs de la société civile venus de différents horizons ». Il revendique des relations régulières avec les pouvoirs publics, et s’est fixé deux objectifs : – Influencer le débat public en apportant des idées pragmatiques et originales -Aider à la définition des politiques publiques dans le but d’améliorer l’environnement économique et social français.

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