Les avancées technologiques offrent la possibilité de mieux expliquer comment notre esprit travaille. Plusieurs émotions comme la peur, la joie, le désir peuvent désormais être lus à l’aide des techniques de l’imagerie.

Récemment une équipe de l’Inserm dirigée par Luc Malet et Jérome Yelnik nous apprenait qu’un tout petit noyau du cerveau contrôle nos comportements moteurs et affectifs. Cette découverte fournit un cadre explicatif à nos modifications émotionnelles et motrices. Une autre équipe de l’Institut de neurosciences de Bordeaux, dirigée par Bernard Bioulac, a permis d’affiner les connaissances dans ce domaine en étudiant le fonctionnement des neurones et en expliquant comment le cerveau réalise l’évaluation des performances et perçoit comment une action a atteint ou non son but. Une meilleure connaissance des variations de concentration du sang en fonction des diverses activités du cerveau débouche sur des applications donnant la possibilité aux personnes paralysées de retrouver une certaine autonomie par l’action directe de systèmes par la pensée et donc de «parler avec le cœur ». C’est clair, nos neurones et nos synapses ne sont pas prêts de partir à la retraite car on ne se sert que de 10% de nos capacités cérébrales. Cela laisse un champ libre à beaucoup de decouvertes et de possibilités. D’autant que les connexions entre neurones sont permanentes, révélant une plasticité étonnante.

Depuis quelques années, une technologie en pleine progression, l’interface cerveau/ordinateur (Brain Computer Interface) offre le moyen d’aller plus loin dans l’utilisation du cerveau. Ce dispositif consiste à implanter par chirurgie de minuscules puces de silicium dans le cerveau, connectés à des cellules nerveuses. Pour surmonter le problème des risques de rejet de ces techniques invasives (pose d’électrodes dans le cerveau), de nombreux laboratoires travaillent désormais sur la réalisation de casques non invasifs recueillant les ondes émises par le cerveau et de systèmes portables. Les utilisateurs ne seront plus contraints d’un entraînement intensif à la maîtrise de l’appareillage (logiciels, capteurs de contacts crâniens, écran..). Tout sera facilité.

Certains spécialistes pronostiquent le jour où l’on parviendra à une compréhension globale du cerveau et où on pourra contrôler une machine rien que par la pensée. Comme ces chercheurs du Fraunhofer Institut de Berlin qui affirment qu’avant 2024, il sera possible de rédiger directement sur son ordinateur simplement en pensant les mots qu’on veut voir s’afficher sur l’écran. Ou comme cette équipe de la Nasa qui annonce que bientôt on pourra « parler par la pensée » en prononçant des phrases dans sa tête. On peut déjà, en s’appuyant sur la représentation de l’activité du cerveau, commander des robots, des prothèses de bras articulés ou permettre aux singes de manipuler un bras robotisé. Rien que par la pensée, des musiciens peuvent désormais effectuer directement le montage sonore de leurs arrangements. Des paraplégiques peuvent d’ores et déjà diriger leur fauteuil roulant par la pensée. Une personne placée dans un environnement virtuel, par exemple une rue sur l’écran, peut, avec la tête recouverte d’un casque et des lunettes placées sur les yeux avoir l’illusion d’être physiquement dans cette rue. Il lui suffit d’imaginer mentalement le mouvement de ses pieds pour progresser dans l’espace. Des recherches sur le cerveau permettent aujourd’hui, sans intervention chirurgicale, de déclencher des actions, simplement en les imaginant. Les applications mises au point par les labos dans ce domaine sont de plus en plus diversifiées. D’autres chercheurs comme Daniel Pauly imagine même un appareil capable de détecter et de nous communiquer les émotions et les “pensées” des animaux.

Pour Marvin Minsky, co-fondateur du Groupe d’intelligence artificielle du Massachusetts Institute of Technology (MIT)*, le cerveau est organisé comme une société. La mémoire, le savoir, les sens construisent ensemble leur développement. Les machines ont des passions affirme Minsky. Elles s’affolent, s’emportent. Mais elles n’ont pas de volonté. Le cerveau humain n’est au fond qu’une machine qui s’ignore, une somme de composants, ce qu’on appelle l’esprit imparfait. Chaque composant quand il agit seul n’exige ni esprit ni pensée. Il agit simplement, ensemble ces agents constituent une sorte de société complexe.

* Auteur de « la société de l’esprit » InterEditions.

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Au sujet de Yan de Kerorguen

Ethnologue de formation et ancien rédacteur en chef de La Tribune, Yan de Kerorguen est actuellement rédacteur en chef du site Place-Publique.fr et chroniqueur économique au magazine The Good Life. Il est auteur d’une quinzaine d’ouvrages de prospective citoyenne et co-fondateur de Initiatives Citoyens en Europe (ICE).

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