Cyclones, tsunamis, inondations due au changement climatique… un nouveau phénomène est en train d’apparaître : les écoréfugiés !

Annus horibilis. L’année 2007 a laissé un très mauvais souvenir aux populations d’Asie. L’année 2008 ne semble guère plus souriante. Le continent a été durement frappé par les catastrophes. Le cyclone Sidr, par exemple, a provoqué à lui tout seul la mort de plus de 4400 habitants au Bangla Desh, en novembre 2007. Les inondations en Inde, en Chine et en Corée du nord ont détruit la vie de plus de 3000 personnes. Au total, 16500 individus ont été tués. Les dommages économiques se sont chiffrés à 43 milliards de dollars. Plus récemment, le cyclone Nargis a bousculé cette dramatique comptabilité. Les Birmans n’avaient pas besoin de ce fléau pour leur rappeler que la vie est cruelle ! La cynique junte militaire au pouvoir écrase toute velléité de contestation depuis 1962 dans le sang. Elle se révèle incapable de gérer les conséquences du désastre, préférant laisser les populations dépérir qu’accepter l’aide humanitaire de l’étranger. Selon un bilan officiel provisoire, Nargis a fait plus de 62.000 morts et disparus, ainsi que quelque deux millions de sinistrés et dévasté plusieurs régions méridionales de la Birmanie.

En moyenne, 80 tempêtes tropicales ou cyclones font des ravages dans le monde, chaque année. Et leur nombre continue d’augmenter. Sur le nord de l’Océan Indien, ces éléments extrêmes frappent en général cinq fois par an, indifféremment en tout début de saison comme Nargis, ou en toute fin, comme Sidr. Depuis une trentaine d’années, on constate une augmentation du nombre de cyclones de catégories 4 et 5, accompagnés de vents soufflant à plus de 200 km/h, donc une augmentation globale de l’intensité. Les experts du climat restent divisés sur les liens entre changement climatique et cyclones, dont le nombre reste stable mais dont l’intensité semble augmenter, à l’image des ravages causés par Nargis en Birmanie. La communauté scientifique reste très divisée: « Le problème vient du fait que les données sur les 30 dernières années ne sont pas forcément assez fiables pour être en mesure de déduire une tendance locale. Ce n’est que sur le long terme qu’on peut dire si un événement est associé à une véritable tendance: la météo est faite de hasard, mais le climat est constitué par des lois statistiques définies sur une trentaine d’années. Or on n’a pas des systèmes d’observation et des enregistrements complets ou parfaits sur tous les océans du monde. Et surtout on manque de recul sur ce qui s’est passé avant l’ère satellitaire. L’Organisation météorologique mondiale (OMM) souligne que l’augmentation rapide des dommages économiques causés par les cyclones tropicaux est due, « dans une large mesure », à l’accroissement des populations côtières. Il faut dire que le littoral accueille les deux tiers des grandes agglomérations urbaines du monde. 18 des 25 agglomérations urbaines de plus de 8 millions d’habitants sont situées sur les côtes. Dans 25 ans, 75% des habitants de la planète (contre 60% aujourd’hui) résideront sur les rivages. Le paradoxe est là : du fait du changement climatique, une grande partie de ces populations seront amenées à se déplacer pour chercher de la nourriture et de l’eau et pour faire face à l’élévation du niveau des mers, aux tsunamis et aux tempêtes plus fréquentes. Un rapport du CSIS (Center for Strategic and International Studies) prévoit des migrations intérieures et transfrontalières, particulièrement en Asie du sud, en Afrique et en Europe.

Le chiffre fait frémir. Un milliard d’écoréfugiés pourraient ainsi migrer dans le monde d’ici à 2050 ! Cette estimation, faite le 14 mai 2007 par une ONG britannique, laisse entendre que 250 millions migreront à cause des inondations, de la sècheresse et de la famine. 50 millions à cause des guerres et des atteintes aux droits de l’homme. Et pas moins de 645 millions d’individus à cause de grands projets de développements tels que les barrages. C’est ce qui ressort du document publié par Christain Aid.

Le premier exemple, tragique, de ce phénomène migratoire forcé se situe en plein cœur des îles polynésiennes. A quelques kilomètres de l’équateur, dans des eaux bleu turquoise, l’archipel de Tuvalu composé de quelques petits îlots peuplés d’une dizaine de milliers d’habitants sera entièrement recouvert par les eaux d’ici 2050. Les habitants sont donc contraints d’aller vivre ailleurs. Mais cet ailleurs n’existe pas encore : les pays voisins (Australie, Nouvelle-Zélande, Indonésie…) n’acceptent des réfugiés qu’au compte goutte avec des conditions drastiques d’accès à leur territoire. Les Inuits qui vivent sur la banquise voient leur territoire se réduire d’années en années comme une peau de chagrin. Eux non plus n’ont pas d’ailleurs et tentent de faire reconnaître le préjudice qu’ils subissent. Ils viennent ainsi de porter plainte contre les Etats-Unis, l’un des plus gros producteurs de gaz à effet de serre, devant l’équivalent de la cour européenne des droits de l’Homme pour le continent Américain. En attendant ils envisagent aussi une « délocalisation forcée ». « Nous pensons que la migration forcée est la menace la plus pressante contre les populations pauvres» fait observer John Davidson, l’un des dirigeants de Christian Aid. Pour lui, les vastes déplacements de population vont alimenter les conflits existants et en générer de nouveaux dans des régions les plus pauvres, où les ressources sont les plus rares. Trois pays sont d’ores et déjà particulièrement concernés : Bali, la Colombie et la Birmanie. La Chine, l’Inde, le Bangladesh et le Vietnam sont aussi très menacés.

« Cette crise réelle reste largement ignorée », pointe le Rapport qui note que le nombre de personnes ayant déjà migré est de 163 millions de personnes. D’ici trois ans, 50 millions de personnes supplémentaires auront quitté leurs foyers stipule un autre rapport récent de l’ONU. Les problèmes soulevés par ces déplacements de personnes nécessitent une régulation et une prise en charge internationale. Une réflexion est encours pour accorder un statut à ce qu’on appelle les « réfugiés environnementaux ». Dans l’immédiat, des juristes s’organisent pour que les écoréfugiés obtiennent un statut reconnu par l’ONU en raison des dommages climatiques qu’ils subissent sur le plan de leur environnement. Les Belges poussent les Nations unies à la reconnaissance internationale de ce statut. La Conseil de l’Europe et le Parlement européen ont déposé des résolutions comparables. Certains mouvements écologistes demandent la création de nouveaux visas.

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