Temps de crise ou temps difficiles, changement climatique, hausse du prix de l’énergie, crise du crédit immobilier, vieillissement de la population, baisse ou stagnation du pouvoir d’achat …. vont peut-être accélérer dans les prochains mois la mise en place de solutions jusque là considérées comme marginales ou un peu underground. On assiste à un retour du « fait maison », du « à faire soi-même ». Des vêtements au bricolage …certains ont décidé de consommer différemment comme les « compacters ». En terme d’habitat, va-t-on assister au développement de nouvelles façons de vivre en communauté ?

Plusieurs sociologues explorent ces pistes, à travers des formes d’habitat qui permettraient de partager davantage de service, et ainsi de réaliser certaines économies en commun, tout en palliant à des problèmes de société comme, par exemple, l’isolement des personnes âgées. L’enjeu de ces initiatives : vivre ensemble mais séparément, à moindre coût, tout en assurant le lien social entre les générations, et en limitant son empreinte énergétique.

Selon une récente étude réalisée par le Dr Joanna Williams, spécialiste du développement durable à UCL (University College London), au sein de la Bartlett School of Planning (1), il ressort que vivre dans de petites communautés d’habitat – on parle de cohousing – proposant des services partagés – tel qu’il en existe en Californie, par exemple, permet de réduire jusqu’à 60% de la consommation d’énergie. Pour cette spécialiste, cela peut s’avérer une solution d’avenir. Il s’agit d’unités privées -maisons ou appartements- regroupées et comprenant des espaces partagés – salle de gym, bureaux , atelier, machine à laver buanderie, café…-« ce qui limite les déplacements , et les émissions de carbone qui y sont liées , d’autant que leurs habitants pratiquent facilement le covoiturage, … », souligne l’étude. Cet habitat collectif est généralement défini autour de quatre critères : une architecture qui facilite la vie en communauté, des espaces communs avec des services destinés a être partagés, l’implication de ceux qui y habitent, un style de vie qui facilite les échanges…. L’idée étant de faciliter l’interaction sociale. Souvent les espaces privés ne sont pas très grands au profit des espaces partagés : cuisine commune, chambre d’hôtes, salle de jeux, jardin, entrepôts ou réserves, avec bien évidemment des degrés divers dans la répartition entre les espaces privés et publics, selon les communautés.
L’implication aussi varie dans le management, la préparation de repas en commun par exemple une fois par semaine, l’organisation d’activités culturelles, sportives, éducatives dans les espaces communs. « C’est un style de vie collaboratif qui suppose d’agir de façon inter-dépendante des autres, mais qui favorise, explique Joanna Williams, le partage de compétences, de centres d’intérêt, d’aides pour les enfants ; cette organisation répond au besoin de socialisation de certaines populations comme les plus âgés , ou ceux qui sont seuls, elle favorise la mobilité des moins mobiles grâce à la présence des autres, voir participe à une alimentation plus équilibrée chez certains , bref participe au bien-être… Ce modèle encourage aussi un comportement pro environnemental, la responsabilité collective, mais aussi une société dans laquelle on se projette ».
En quoi est-ce un modèle de développement durable pour l’avenir, une alternative à la maison ou à l’appartement traditionnel ? Les chiffres seraient probants en matière de respect de l’environnement. En analysant les communautés existantes, il ressort que ce type d’habitat permet d’économiser 31% d’espace, 57% d’électricité, et 8 % de biens de consommation. Les habitants de ces communautés possèdent un nombre moins élevé de deuxième voiture car ils la partagent, 25% en moins de machines à laver ou de congélateurs, sans parler des outils de jardinage qui sont en commun. Ils privilégient généralement des choix intégrant les énergies renouvelables, la protection de l’environnement.

« Ce modèle développe la capacité à partager des biens et des services donc favorise les économies, le développement durable, et le respect de l’environnement, ainsi qu’une consommation plus intelligente, et donne à chacun une dimension d’empowerment dans la prise de décisions… » poursuit cette spécialiste. Aussi ce modèle pourrait -il se développer en s’appuyant sur les valeurs émergentes de liens sociaux forts, de respect de l’environnement, et de participation active à la vie de la cité en tant que partie prenantes.

Seul bémol : jusque là ce type d’habitat communautaire qui s’est développé aux Etats-Unis (et a triplé en dix ans) ou dans certains pays d’Europe du Nord, l’a souvent été à l’initiative des résidents qui ont porté le projet de sa conception à son management, avec une approche plutôt sélective dans le choix des autres membres. Toutefois, d’autres réalisations plus récentes sont plus ouvertes à la mixité sociale. Aujourd’hui on compte aux Etats-Unis plus de 60 communautés de ce type, et quelques 132 nouvelles sont en cours de réalisation et seront présentées le 12 juin prochain à Boston lors du National cohousing conference.

Si on écarte ce risque d’exclusion, de nouveaux de projets d’habitat en communauté pourraient être pris développer pour répondre à un nouveau besoin social : combinant un meilleur équilibre de vie et de travail, en réduisant l’empreinte énergétique, avec à la clef des avantages sociaux, économiques et environnementaux qui font que cet habitat de niche pourrait devenir un modèle plus courant.

(1) publié dans le numéro d’avril 2008 de Journal of Futures.

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Au sujet de Estelle Leroy

Estelle Leroy-Debiasi est journaliste professionnelle, Diplômée en Economie, ex rédactrice en chef du quotidien économique La Tribune. Elle contribue régulièrement au site ElCorreo, site de la diaspora latinoamericaine.

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