Hier, vous vous êtes levé avec ce livre de Carla del Ponte, ancien procureur au Tribunal pénal de La Haye et cette histoire de trafic d’organes sur des prisonniers serbes dans lequel seraient impliquées les plus hautes autorités de, comment doit-on dire, l’Etat kosovar.

Ça vous a figé votre matinée. Des reins prélevés et vendus. D’autres organes aussi, jusqu’à la mort parfois. C’était un sommet. Ce type d’informations est d’ordinaire une des rumeurs du monde. On en parle le plus souvent pour se faire peur. Pourquoi alors cette information nous a-t-elle paru crédible ?

Pour une raison bien simple, en fait : parce que durant ces guerres de Yougoslavie, le pire s’est toujours avéré. Nous ne voulions pas croire aux viols comme arme de guerre ? Ils existaient. Nous ne voulions pas croire aux tortures dans des camps de concentration improvisés ? Elles se sont déroulées. Nous ne voulions pas croire que l’on déterrait des charniers à la nuit tombée pour aller cacher les cadavres 300 kilomètres plus loin. Ça s’est fait. Et ainsi de suite dans une gradation du pire qui trouve ici une sorte d’apogée.

Il y a autre chose. Ces guerres de Yougoslavie ont fait un usage du corps de l’ennemi que l’on n’avait pas vu dans l’histoire depuis longtemps et que l’on retrouvera peu de temps après au Rwanda. Je veux dire, et c’est évidemment inaudible à cette heure du matin, qu’il ne suffisait pas de tuer l’ennemi, il fallait encore qu’une fois mort son corps soit humilié, mutilé, décapité, énucléé, bref qu’on lui retire toute qualité d’humain pour l’amener à l’état de monstre. Il n’est pas étonnant qu’au terme de ces guerres, on en soit venu à mutiler le corps vivant. Le corps considéré comme du matériel humain, ce n’est pas vraiment une nouvelle nouvelle, hélas…

Il y a donc tout lieu de craindre que ces affirmations se vérifient. De toute manière, le pire est déjà fait. L’on voit déjà sur Internet rejaillir les haines et il y est question d’effacer très vite les crimes serbes soudainement minimisés. C’est pourquoi il n’est pas inutile que Carla del Ponte rappelle dans son livre que son principal échec aura été de n’avoir pas pu arrêter Mladic et Karadzic.

Carla del Ponte est suisse. Elle est même devenue ambassadrice de Suisse en Argentine. La Suisse se trouve parmi les pays qui ont beaucoup plaidé pour l’indépendance du Kosovo. La Suisse considère que les propos de Madame Del Ponte sont incompatibles avec son statut de diplomate. Le ministère des Affaires étrangères refuse à Carla del Ponte le droit de faire la promotion de ce livre. C’est curieux tout de même, hier nous parlions d’embargo et de commerce, on parle ici de la même chose sauf qu’il s’agit de morale et d’éthique. Soyons déjà certains, cependant, que l’astreinte sera beaucoup plus élevée. Allez, bonne journée et puis aussi bonne chance.

Paul Hermant

Journaliste à « RTBF La première ».

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