Gérard Ayache est l’auteur de « la grande confusion ». France Europe Editions. Directeur d’Infométrie.

Comment caractérisez-vous notre société de l’information ?

Le syndrome psychiatrique de confusion correspond assez bien à notre société. Cette confusion s’exprime par une altération des processus émotionnels que l’on voit à l’œuvre dans les phénomènes de fièvre compassionnelle ou de violences soudaines, par exemple, dans les quartiers. Mais aussi par une altération du réel, dans notre rapport à la vérité et à la crédibilité de l’information. Le plus important est la modification de notre rapport au temps qui se traduit par une surdomination du présent au détriment du passé et de l’avenir. L’histoire disparaît au profit de l’événement et le futur devient opaque avec un horizon de prévisions assez court. Enfin il y a brouillage de nos repères spatiaux avec le mélange du local et du mondial. Au-delà de l’aspect psychologique, cette grande confusion affecte la nature humaine. On ne fonctionne plus tout à fait comme avant.

Comment expliquer cette grande confusion ?

L’émergence de l’hyperinformation et la disparition du support analogique a favorisé ces phénomènes. On a transmuté l’information en procédant à sa numérisation Aujourd’hui cette mutation paraît anodine. Elle est pourtant capitale. Son impact est énorme. Il modifie notre rapport à l’espace et au temps, puisqu’on peut se projeter en temps réel au bout du monde mais aussi notre intelligence car nous sommes connectés en permanence. Les outils de connexions miniaturisés qui naissent chaque jour permettent certes à l’individu d’avoir un cerveau augmenté mais en contrepartie l’on a de plus en plus de mal à distinguer le réel et le virtuel, ce qui est humain et ce qui ne l’est pas. Les systèmes culturels économiques et médiatiques sont affectés. Maintenant, ce sont les consommateurs qui vont chercher l’information, la créer et la diffuser sur le marché. Le citoyen n’est plus seulement récepteur mais émetteur actif.

Quelles conséquences cette hyperinformation a sur la politique ?

Le principe de représentation est bouleversé. Soumis à une observation dévorante, le « héros » politique va être forcé de descendre de son piédestal ou alors il en tombera. Il devra jouer un rôle d’orchestration des tensions et insuffler les dynamiques. Sa position sera plus celle d’un accoucheur. Il y a nécessité de refonder la démocratie en dépassant le cadre national. Progressivement, avec l’écologie et le développement durable, une prise de conscience planétaire se forme. La révolution humaine qui s’annonce repose sur la nécessité de faire comprendre la portée de l’enjeu. Attention aux machines hybrides et moléculaires qui menacent de peupler cet hypermonde, il est urgent de maîtriser l’excès de puissance auquel conduit le cerveau global et de résister au discours dominant sur la fascination technologique. L’enjeu est la survie de l’humanité.

Propos recueillis par Yan de Kerorguen/La Tribune.

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Au sujet de Yan de Kerorguen

Ethnologue de formation et ancien rédacteur en chef de La Tribune, Yan de Kerorguen est actuellement rédacteur en chef du site Place-Publique.fr et chroniqueur économique au magazine The Good Life. Il est auteur d’une quinzaine d’ouvrages de prospective citoyenne et co-fondateur de Initiatives Citoyens en Europe (ICE).

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