La chronique de Georges Waysand

Sous l‘étiquette « sciences et société » se range toute une liste de sujets. Si importants que soient les thèmes « énergie », « changement climatique », « OGM », ces derniers sont si convenus et si rabattus qu’ils découragent le citoyen ordinaire de s’en mêler. N’y aura-t-il pas toujours un expert ou un responsable associatif qui en sait plus que vous ? Bonne excuse pour ne rien faire. Du débat entre sciences et société il en va pourtant comme de la prose pour Monsieur Jourdain : nous en faisons sans le savoir, notamment chaque fois que, individuellement ou collectivement, nous avons à affaire à des choix techniques.

Car, il n’y a pas de fatalisme technologique, pas de fleuve tranquille du progrès technique au cours inexorable au fil duquel passerait un flot d’innovations programmées d’avance comme tentent de nous en convaincre les suppléments gratuits de quotidiens. Tout au contraire, le flot est parfois bien tourbillonnant, imprévu. Ce qui hier passait pour désuet est aujourd’hui à nouveau dans le vent. Les modalités du choix dépendent évidemment de l’objet de celui-ci. Il y a même un domaine où il est électoral : celui des transports urbains.

Quoi de plus ringard que le tramway ? Les Ch’tis – puisqu’en ce moment c’est à la mode de se dire du Nord- se souviennent des brinquebalements du Mongy de l’Electrique Lille Roubaix Tourcoing inauguré en décembre 1909. Les autres, pour se consoler, peuvent évoquer le tramway qu’enfant Claude Simon empruntait pour aller de Perpignan à la mer dont La poignée de la manette ne conservait qu’une légère trace brune, son bois depuis longtemps à nu, grisâtre, sinon même crasseux, et le conducteur se tenait debout devant l’espèce de colonne à section ovale au haut de laquelle se trouvait ce sommaire tableau de bord.

Ce crasseux, ce bruyant, le voici de retour ! Mais voilà, même du temps de l’ingénieur Mongy il y avait tramway et tramway. On avait le choix de l’écartement des rails (métrique République obligeait ou de 1,44m comme pour les trains, le Mongy utilisait les deux), du mode d’alimentation (par perche ou par pantographe) du courant etc…. Que n’a-t-on pas fait ces dernières années pour être post-moderne en tramway ! Au risque de faire croire qu’on ne savait plus en construire . Il y eut ceux qui déraillèrent parce qu’on a voulu les faire tourner trop court (Nancy), ceux qu’on alimente par le sol avec moult ratés (Bordeaux) d’autres avec des annonces musicales branchées (Strasbourg), enfin celui qu’on engazonne (Paris… bien des années après Düsseldorf). À chaque fois, bagarre entre élus et sueurs froides des maires ! Certains y laissèrent leur mandat et ceux qui, aujourd’hui, s’en font un titre de gloire, même chez les Verts parisiens, n’en furent pas les initiateurs. Un groupe parisien qui s’appelait “Réseau vert“ avait commencé ses travaux en 1988 et en fit la proposition en 1991…. Un quart de siècle ! Quand on vous dit que le progrès va de plus en vite : vérifiez le (surtout pour le progrès social).

Autre revenant dans les transports urbains, le vélo avec la mise en place des réseaux Vélib. Ici plus de polémique sur le tracé des pistes ou sur la durée des chantiers mais un vélo comme on n’en avait jamais vu . Juste le nécessaire pour les rapports de vitesse, mais en plus (qui reste bien caché) chacun est terminal d’un système de communication électronique. Toutefois le spectaculaire est ailleurs : c’est une grosse boite de pub qui, pour garder ses panneaux d’affichage, invente un système qui restaure la notion de service public. L’abonné du Vélib a-t-il remplacé le poinçonneur des Lilas ? Sans doute pas, mais rien dans les villes ne se fera sans lui pendant longtemps. Quand les débats science et société deviennent concrets, choix techniques et choix sociaux s’entrelacent inévitablement.

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