Des membres de l’association Effort 2 conscience, située à Mérignac et proposant notamment des ateliers rap auxquels les auteurs des textes ci-dessous participent, reviennent sur les événements de novembre 2005 dans les banlieues…

Vous feriez quoi Vous ?

La polygamie, puis les « barbus », et enfin les rappeurs, accusés par certains politiques d’avoir été les facteurs déclencheurs des émeutes.

Ces réactions face au grabuge provoqué durant quelques semaines dans différentes banlieues françaises démontrent bien l’inconscience des politiques et le fossé creusé depuis des dizaines d’années entre eux et les Français dits « banlieusards », accusés d’être les responsables des maux de la France.

Pour les politiques, tenter de décrypter ce message violent est-il si contraignant ? Voire même impossible ? Ou est-ce tout simplement la peur de voir les choses en face ?

Car oui, ce sont les politiques menées depuis des décennies qui ont provoqué la formation de ces ghettos, et surtout la mise à l’écart d’une population qui dérange la France, pourtant pays des Droits de l’Homme et du Citoyen.
Mais la peur de l’autre ayant pris le dessus, il est toujours plus simple de parquer ces gens dont la culture ne nous est pas familière et de les ignorer plutôt que d’aller vers eux pour essayer de comprendre pourquoi ils se sentent mal là où ils sont.

Discrimination, précarité, violence,… tant de sujets sur lesquels ils s’expriment, par divers moyens comme le rap, mais qui n’ont jamais atteint l’oreille des politiques, qui s’étonnent ensuite de tout voir cramer.

La solution à un problème n’est sûrement pas de brûler la voiture de son voisin, je vous l’accorde. Mais posez-vous la question: à force de crier, mais que l’on ne vous écoute pas, que l’on vous ignore, vous néglige, et cela durant des années, vous feriez quoi VOUS ?

Sliza (19 ans)

Marianne serait-elle en état d’ébriété ?

On parle de racaille et même de microbes

mais dans le fond c’est la jeunesse qu’on dérobe

Des rêves, on en a tous

mais le cauchemar pousse

et nous pousse vers les secousses,

alimenté par des paroles infondées

la haine grandit

ils veulent juste sortir de ces fondations

effondrés, quand un homme politique

parle de karchériser

et qu’on devient

sa principale visée

pour sa course à l’ Elysée

ils veulent tous s’en sortir

mais dans ces cités provisoires

il n’y a pas de sortie

on est ce bouquet d’ orties

au milieu de roses

pas assorties, gênant

ils veulent arracher nos racines et tuer notre cause

disent que l’immigration

est le principal problème de société

Marianne serait-elle en état d’ébriété ?

aurait elle oublié le passé

les véritables vérités

qui trop souvent sont cachées

Ere-mith (18 ans)

Ouvrir le débat

La crise des banlieues, qui reflétait un réel et profond malaise social, a eu comme conséquence, une fois de plus, de créer un acharnement médiatique autour des quartiers difficiles. En prime, cette crise a été reliée à l’insécurité, profitant bien évidemment aux acteurs politiques.

Ce qui a été retenu des émeutes, en grande majorité, est le nombre de voitures brûlées, de policiers et membres des forces de l’ordre blessés, et le nombre de jeunes « délinquants » arrêtés. Le message, quant à lui, n’a absolument pas été retenu. Détruire les voitures de ses voisins, des personnes qui vivent, ou survivent, elles aussi dans des ghettos n’était peut être pas la bonne solution, mais c’était certainement la seule capable d’ouvrir un débat, et la seule solution de l’expression de malaise et de révolte au sein des cités.

Alors il est facile de parler de racailles, de délinquants et de caïds en disant qu’ils sont minoritaires dans les cités, tout en donnant l’ordre aux policiers d’agir comme si toute la jeunesse des banlieues en faisait partie. De plus, les différences vestimentaires, culturelles, et de langage sont trop considérées comme des menaces aux valeurs de notre pays, qui prône pourtant « liberté, égalité, fraternité ».

Les véritables caïds et délinquants sont à l’Elysée, au gouvernement et à la présidence. Les tentatives pour changer cette situation sont souvent appuyées par un désir d’intégration. Les cités et leurs habitants doivent s’intégrer à la France. Mais n’est-ce pas à la France de s’intégrer à tous ses citoyens ?

La lutte, car il s’agit bien d’une lutte, pour que les droits des personnes soient les mêmes, partout et quelque soit le lieu d’habitation, la culture, le niveau d’éducation, l’appartenance religieuse ou ethnique ; doit être réalisée et encadrée par tout les partisans des valeurs humaines, que l’on soit blanc, arabe ou noir, Européen, Africain, Asiatique ou Américain, riche ou pauvre, habitant des banlieues ou non.

Pour que la jeunesse, et les personnes issues de l’immigration ne soient pas oubliées ou considérées étrangères au fonctionnement de la France, la solidarité doit être la clé des relations entre toutes les organisations et actions visant à l’amélioration de cette situation.

Kohza (19 ans)

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