Infatigable directrice de l’APCIS, association dont le rôle est avant tout de pacifier un quartier dit difficile, Zorica Kovacevic mêle avec bonheur actions pragmatiques et idéologie révolutionnaire…

zorica.jpg Clos-Saint-Lazare, quartier « sensible » de Stains (93), l’une des villes les plus pauvres de France. Sensible à tous les sens du mot. Car si les équilibres y sont fragiles et que l’explosion sociale guette à chaque instant, le quartier est également, et peut-être surtout, le théâtre de belles aventures humaines… Comment, en effet, ne pas voir dans Zorica Kovacevic, 36 ans, l’humanisme faîte femme. Directrice de l’APCIS, Association pour la promotion culturelle intercommunautaire stanoise (voir encadré), elle y consacre une grande partie de sa vie… avec passion.

Entre syndicat et vie associative

Il faut dire que Stains, elle connaît bien. C’est en effet là qu’avec ses parents et son frère, elle s’installe en 1978 après avoir fui la Yougoslavie de Tito. L’héritant de ses parents, son statut sera celui de réfugié politique jusqu’en 1992, année de sa naturalisation. Toute petite déjà, elle baigne dans une ambiance familiale extrêmement politisée. « J’ai eu la chance d’avoir des parents communistes, s’exclame Zorica. Mon père m’a formaté… Je suis donc restée dans le giron révolutionnaire ».

Dès la faculté où elle suit des études d’histoire, Zorica va militer au sein d’un syndicat, la CNT (Confédération Nationale du Travail), qu’elle va quitter pour SUD-Education pour se retrouver aujourd’hui à la CGT… Elle ne sera jamais tentée par un quelconque parti politique. Elle commente : « Les partis, c’est du blabla… Et souvent les discours ne sont pas en cohérence avec les actes. J’avais choisi la CNT, plus en osmose avec ma façon de pensée que je pourrai résumer par : lutte des classes, syndicalisme révolutionnaire et internationalisme ».

En parallèle d’un militantisme soutenu, Zorica n’en oublie pas pour autant son avenir professionnel. Sur ce plan là aussi, papa veille. « Mes parents ayant été déclassé à leur arrivée en France – mon père expert-comptable est devenu ouvrier -, il avait une revanche à prendre sur la vie via ses enfants. Mes études, c’était une vraie stratégie d’ascension sociale », explique Zorica.

Mais après avoir raté deux fois le CAPES d’histoire/géo, la jeune femme se retrouve à devoir cumuler les petits boulots. D’autant qu’elle vient d’accoucher de son premier enfant. Et c’est là où elle croise l’APCIS.

La parade face à la misère

A mi-temps, elle s’occupe d’abord de faire de l’accompagnement scolaire. Puis à partir de 1998, elle va y occuper un poste à temps plein et en devenir la directrice en 2002. Toutes ses années, elle ne va avoir de cesse de développer les activités de l’association avec les 3 autres salariés de la structure et notamment Hayat El Zerg, son inséparable acolyte. « Nous sommes une équipe autogérée, je suis désignée comme responsable de la structure parce qu’il en faut un mais dans les faits, tout est discuté. Et comme on fait tout nous-mêmes ici, moi je suis de corvée de chiottes, c’est normal pour un chef », explique Zorica dans un grand éclat de rire. Et de préciser : « Ici, on développe de la solidarité et de l’entraide ; c’est notre parade face à la misère. On s’est même donné un nom : les pailleux », s’exclame la jeune femme.

En tout, ce sont 100 personnes qui passent tous les jours par les locaux de l’association, 100 personnes aux demandes fort variables. Ainsi, le bureau de Zorica, c’est aussi celui des pleurs, des chagrins d’amour et des confessions. Elle commente en riant : « Moi, je suis celle qui comprend… C’est une nature ».

Depuis deux ans, Zorica et sa petite famille – elle a eu un second enfant en 2004 – ne vit plus à Stains mais dans un village à 100 bornes de là, « chez les bourgeois », dit-elle. Elle savoure : « Ca fait du bien de décloisonner. Et puis ici, tout le monde me connaît, je mettais trois heures à faire mes courses ».

L’avenir ? Zorica ne sait pas encore très bien comment elle le voit. Curieuse d’expérimenter d’autres types de travail dans d’autres structures, quitter l’APCIS ne sera cependant pas simple. Et puis, « parler de carrière est antinomique avec mon idéal », précise-t-elle. Et de conclure : « Une chose est sûre : je ne pourrai pas travailler là où je ne serai pas utile. Chaque jour qui passe, je dois me dire : j’ai aidé, j’ai fait du bien, j’ai contribué à l’amélioration des conditions de vie des pailleux ».




Les actions de l’APCIS

L’APCIS est organisée autour de deux pôles, le pôle enfants et le pôle adultes. Dans le premier cas, il s’agit de faire de l’accompagnement scolaire, de l’accueil/écoute des jeunes, de la recherche de patrons pour les apprentis… Dans le second, l’APCIS aide à la recherche d’emploi, de stages ou de formations, fait aussi de l’accueil/écoute, de l’aide administrative, de la médiation famille/école, le tout mis en place grâce à des subventions, à renouveler chaque année…

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Au sujet de Anne Dhoquois

Anne Dhoquois est journaliste indépendante, spécialisée dans les sujets "société". Elle travaille aussi bien en presse magazine que dans le domaine de l'édition (elle est l'auteur de plusieurs livres sur la banlieue, l'emploi des jeunes, la démocratie participative). Elle fut rédactrice en chef du site Internet Place Publique durant onze ans et assure aujourd'hui la coordination éditoriale de la plateforme web Banlieues Créatives.

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VILLE & URBANISME

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