Une sélection d’ouvrages parus depuis la rentrée, qui parlent d’Histoire, d’adolescence, de prédation, d’entreprise…

 Le retour du hooligan

Par Norman Manea

hooligan.jpgNorman Manea appelle les Etats-Unis le « Paradis ». Un paradis où s’affichent de façon continue des slogans en majuscules. L’écrivain roumain exilé à New-York habite une tour grise et stalinienne, comme s’il n’était jamais parti. De fait, à travers ses souvenirs, Le retour du hooligan (« dissident » dans le jargon soviétique) nous fait vivre l’histoire de la Roumanie. Son retour est en effet émaillé des portraits de ceux qu’il a laissé derrière lui.

Ainsi, son père, déporté en 1941 comme toute la population juive de Transnistrie. C’était un homme toujours très élégant, très méticuleux, qui, se retrouvant à dormir parmi les poux, répétait à sa femme : « Ça ne vaut pas la peine de vivre ainsi ». Elle lui répondait inlassablement : « Mais si, ça vaut la peine » de résister et de survivre. Et ils résistèrent et survécurent, et il fut de nouveau emprisonné dans un camp à l’avènement du communisme. Manea se rappelle la visite qu’il rendit alors à son père : « Je savais que je n’aurais pas dû voir ce que je voyais. Son visage amaigri, le tremblement de ses mains, son uniforme, son calot de prisonnier. Je savais bien que, de la même façon qu’il refusait de parler du camp fasciste de Transnistrie, il ne parlerait pas davantage du camp socialiste de Periprava… », écrit-il dans l’un des plus beaux passages du livre, où il se désigne ensuite lui-même comme « le fils du pou », pour raconter qu’il dissimulait au prisonnier les humiliations que subissait sa femme au dehors sous le régime de Ceausescu.

Un ouvrage absolument magnifique.

Ed. du Seuil, 2006, 447 p., 22,50 €.

 Le livre de ma grand-mère

Par Fetihiye Çetin

livre_grandmere.jpgL’avocate turque Fetihiye Çetin, emprisonnée dans les années 1980 pour avoir défendu les droits des minorités, raconte ici la vie de sa grand-mère arménienne, enlevée lors des massacres de 1915 par un officier turc, alors qu’elle avait à peine 10 ans. Une survivante, qui, comme beaucoup de ces enfants assimilés de force, qui portent le surnom morbide des « restes de l’épée », ne révéla que tard son identité à sa petite-fille. Un très beau livre, d’une grande sobriété.

Ed. de l’Aube, 2006, 144 p., 14,60 €.






 Solitude de ma mère

Par Taos Amrouche

solitude.jpg Le premier volume du récit (très autobiographique) de Taos Amrouche, une romancière kabyle née à Tunis. Un ouvrage lyrique qui ressemble à une longue chanson, qui raconte son déracinement et sa solitude. Dans un langage fleuri de métaphores, elle dit parfois des choses étonnantes qui feraient bondir les féministes (ainsi, que « toute femme cherche son maître » !), alors qu’elle a en réalité écrit un livre profondément féministe…

Ed. Joëlle Losfeld, 2006, 306 p., 10 €.






 Un homme bien sous tous rapports

Par Chi Li

homme.jpg Le destin de Bian Rongda, au chômage à l’âge de 40 ans, dans une Chine bouleversée par l’économie de marché. Il visite les coulisses sordides d’un magasin Carrefour, commente l’invasion des Mc Do, assiste à l’ascension de ses anciens collègues par des moyens étonnants. Une firme de cosmétiques française donnera finalement sa chance à cet homme, mené toute sa vie par le sens du devoir, qui se sent devenir soudain un individu « libéré »… peut-être ? Un livre ironique et brillant.

Ed. Actes Sud, 2006, 176 p., 18 €.






 A conserver au frais

Par Isabelle Sojfer

conserver.jpgLes nains habitent un pavillon mal chauffé, à dix minutes du RER, où ils hébergent une certaine BN, totalement centrée sur elle-même et insupportable. Cendrillon travaille comme guichetière chez Eurofric. Lulu est la fille de Queen Marie et Maldon X, deux chanteurs punk nihilistes, qui vivent à Bois d’Ormant… Treize nouvelles qui mettent en scène des personnages de contes de fées dans un univers contemporain, quand ce n’est pas la vie d’un pot de yaourt qui attend la fin dans son frigo… Un livre sur la prédation, sous toutes ses formes. Drôle, original et subversif.

Ed. Les Petits matins, 2006, 174 p., 15 €.






 Le paradis des chiots

Par Sami Tchak


Dans un bidonville d’Amérique latine, une bande d’enfants vit en « meute ». Parmi eux, le petit Ernesto, qui tente de survivre. Le livre relate son histoire et celle de sa mère, Linda, dans un récit poétique et cru.

Ed. Mercure de France, 2006, 224 p., 17 €.

 Dans tes yeux

Par M. J. Haland


John Egan a douze ans ; il est extrêmement grand et mal dans sa peau. Dans une Irelande touchée par le chômage, il est ainsi l’objet des moqueries de ses camarades de classe. Et l’objet dune relation étrange avec sa mère. Aussi, il se persuade peu à peu qu’il a reçu le don exceptionnel de détecter le mensonge… Un livre inquiétant d’une grande justesse psychologique.

Ed. Actes Sud, 2006, 384 p., 21,80 €.

 Marge brute

Par Laurent Quintreau


Un huis clos managerial, décrit par cercles, allusion à ceux de l’enfer, qui sont aussi les cercles du bouillonnement intérieur de chaque personnage. On visite ainsi les pensées intimes de onze cadres dirigeants lors du comité de direction d’une grande entreprise. Bien écrit, féroce et souvent drôle, un roman sur la violence ordinaire de l’entreprise.

Ed. Denoël, 180 p., 2006, 16 €.

 Le cyptographe

Par Tobias Hill


On est en 2021, les monnaies nationales ont disparu, remplacées par une monnaie virtuelle gérée par Soft Gold. Or, l’homme qui dirige ainsi l’entreprise la plus puissante du monde dissimule quelque chose. L’héroïne, une jeune inspectrice des Impôts londonienne, mène l’enquête. Un très beau roman où règne une inquiétude feutrée, et dont chaque détail est soigné : paysages artificiels, individus identifiés par l’empreinte de leur pouce ; ce qui ne va pas sans conséquences pour leur santé et leur sécurité.

Ed. Rivages, 2006, 304 p. 20 €.

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Au sujet de Naïri Nahapetian

Naïri Nahapétian est née à Téhéran de parents arméniens. Elle a quitté l'Iran à l'âge de 9 ans, après la Révolution islamique. Elle vit à Paris.Journaliste free-lance durant plusieurs années, elle travaille actuellement pour le mensuel Alternatives économiques.Elle est l'auteure de l'essai L'Usine à vingt ans paru dans la collection « Bruits » (Les petits matins/Arte éditions, 2006) et publie régulièrement des nouvelles, notamment dans les revues Rue Saint Ambroise

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DIVERS

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