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Alexandre Sulzer, « Il n’y a pas d’interférence entre les commerciaux et la rédaction »

oim_photo.jpgPremier journaliste à avoir intégré l’équipe nouveaux médias à 20 minutes, en janvier dernier, Alexandre Sulzer, 26 ans, est comme un coq en pâte. Diplômé d’une prestigieuse école de journalisme parisienne, stagiaire puis pigiste à 20 minutes, il a été retenu pour participer au lancement du site web.

L’ambiance est « jeune, dynamique, studieuse et décontractée ; les journalistes ont moins le melon qu’ailleurs » raconte-t-il. La différence avec les journaux payants s’arrête là. D’abord, le site de 20 minutes est gratuit comme ceux du Monde, de Libé, du Nouvel Observateur et pour le journal papier, mis à part le court format des articles, « les contraintes sont les mêmes que dans les journaux payants. C’est seulement le modèle économique qui diffère », précise Alexandre. Mais justement, le fait que la publicité finance 100% du journal influe-t’il sur les choix rédactionnels ? « A ma connaissance, ça n’est jamais arrivé, répond le jeune homme. Frédéric Filloux, directeur de la rédaction, s’attache à ce qu’il y ait une réelle indépendance des rédacteurs. Il n’y a pas d’interférence entre les commerciaux et la rédaction ». Et de poursuivre « l’objectif est d’être un vrai journal, c’est d’ailleurs ce qui attire les annonceurs, sinon cela ne pourrait pas fonctionner ».

Pour être un « vrai journal », la rédaction web cherche du reste à se détacher des agences de presse. « Actuellement, les dépêches AFP apparaissent automatiquement sur le site et notre travail est de compléter ces dépêches et d’être plus rapide qu’elles », explique-t-il. Interrogé sur les possibilités de reportage, il répond : « on essaie de faire moins de desk (suivre le fil des dépêches de son bureau ; ndrl) qu’auparavant. Aujourd’hui, nous sommes six journalistes et deux rédacteurs en chef, et plus on est nombreux, plus on a la possibilité de partir en reportage. L’objectif est qu’il n’y ait plus que nos productions propres ».

Quant à la perception des gratuits par le grand public, Alexandre affiche plutot son contentement. « Sur le terrain, les réactions sont très bonnes ; beaucoup de personnes nous lisent. De Villepin lui-même nous a avoué que ses enfants nous lisaient. Certains disent que la presse gratuite n’est pas la vraie presse… Mais contrairement à notre principal concurrent, on ne se contente pas de reprendre des dépêches. Nous faisons des reportages, des sujets transversaux, et une titraille pertinente. C’est la marque de 20 minutes ». Et de conclure : « à la différence de Métro, qui tend à l’universalité, et donc à la simplification, chacune des rédactions de 20 minutes (France, Espagne, Suisse) a sa propre stratégie et s’adapte au marché du pays ».

MN

Emmanuel Bousquet, « c’est intéressant pour de jeunes journalistes »

« J’étais journaliste dans la presse hebdomadaire dans l’Oise, en région parisienne. Mais je suis originaire de Toulouse, et j’avais envie d’y retourner », raconte Emmanuel Bousquet, reporter au sein de la rédaction toulousaine de Métro. Loin de la « tour Bolloré » et de la nervosité parisienne, les locaux, situés en plein centre-ville, sont plutôt discrets.

Revenir sous des cieux plus cléments pour se lancer dans l’aventure des gratuits, Emmanuel Bousquet n’a pas hésité longtemps et a accepté l’offre, « sans préjugés ». Trois ans plus tard, le bilan est positif. « La façon de procéder est la même que celle de nos confrères de la presse payante », explique-t-il. Quand on parle de la réécriture de dépêches, il argue que « c’est surtout le cas des pages internationales, comme tous les journaux locaux, voire nationaux, qui n’ont pas les moyens d’avoir des correspondants sur place ». Mieux : Métro est implanté dans 21 pays, et la communication entre les différentes rédactions permet d’obtenir des informations originales, par exemple pour les attentats de Madrid en 2004 ou pendant la Coupe du Monde de foot.

Mais si le journal est gratuit, c’est qu’il est financé par les annonceurs. L’indépendance est-elle en danger ici plus qu’ailleurs ? Non, répond l’intéressé. « Jamais le service commercial n’est venu me voir pour me dire d’écrire ça, ou de ne rien dire sur telle entreprise », confie je jeune journaliste. Il poursuit : « En fait, la différence majeure avec une autre rédaction, c’est notre polyvalence. Par exemple, nous réalisons souvent les photos nous-mêmes, un peu sur le même principe qu’iTélé lorsque ça a été lancé. Nous avons aussi plus de responsabilités, puisque nous sommes seuls maîtres de nos choix sur les pages locales ». Métro possède une dizaine de rédactions en France. « Ca fonctionne un peu à l’image des journaux télévisés de France 3. Il y a un tronc commun, puis deux pages locales. Mais nous participons aussi aux pages nationales ».

Ce que les Toulousains pensent de Métro ? « On entend souvent que nous ne faisons que réécrire les dépêches. Nous sommes une rédaction jeune, et nous avons pu faire des erreurs au début. Mais le journal a évolué avec nous… et les lecteurs ont suivi ». En prévision de la seconde ligne de métro à Toulouse, le tirage a été augmenté de 50% en septembre 2005, pour atteindre 45 000 exemplaires.
Emmanuel, lui, semble heureux là où il est… « Ce que je fais m’intéresse vraiment. On a des responsabilités, et l’équipe est plutôt jeune. Notre rédacteur en chef a 32 ans, le rédacteur en chef adjoint 31. C’est loin d’être aussi rose dans la presse payante, et je pense vraiment que c’est intéressant pour de jeunes journalistes ». A noter : la structure en réseau permet aux salariés de Métro d’obtenir une promotion sur toute la France. De quoi offrir des perspectives aux journalistes de ce gratuit du matin…

LM

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