Ne nous trompons pas : la dette de la France n’est pas une affaire de politique partisane. Le rapport sur la dette, rédigé par la Commission Pébereau (composée de personnalités de tous bords) est à ce propos édifiant.

Pendant les années Mitterrand, la dette de la France est passée de 100 milliards d’euros à 500 milliards d’euros (multipliée par 5 en 14 ans, soit plus de 400 milliards). Certains sympathisants UMP croyaient que le changement d’orientation politique du pays allait redresser la situation déjà alarmante, mais cela ne fut pas le cas.

Au cours des 10 premières années du mandat Chirac, la dette s’est alourdie de 600 milliards d’euros supplémentaires pour atteindre le chiffre de 1,100 milliards d’euros aujourd’hui. Même si l’on ne tient pas compte de la période de cohabitation, durant laquelle Jacques Chirac n’a pas eu la conduite des choix politiques, nous observons que l’endettement s’est fortement accéléré pendant les deux années (95-97) du gouvernement Juppé, puis de nouveau dès l’arrivée, en 2002, de Jean-Pierre Raffarin.

Nous n’allons pas juger ici s’il est opportun, comme le dit Thierry Breton, ministre de l’Economie et des Finances, d’ajouter au chiffre de la dette, les 900 milliards d’euros qui seront nécessaires pour couvrir les retraites des fonctionnaires. Car cette nouvelle proposition comptable est loin de faire l’unanimité chez les experts en finances publiques.

Certains, à gauche, profitent du débat sur cette légitimité d’inclure les retraites dans la dette publique, pour prétendre qu’il n’y a pas de problème majeur. Il s’agirait d’un complot, de la droite et du patronat, pour forcer les salariés à abandonner de nombreux acquis sociaux. D’autres, à droite, exploitent le problème (bien réel) de la dette, à des fins tout aussi idéologiques. C’est la faute de notre système social, des « gens qui ne travaillent pas assez », de l’immigration, etc. Et de conclure : seul un ultra libéralisme à l’américaine peut nous sauver.

Pourtant, ils oublient bien vite que les autres pays occidentaux ont les mêmes soucis concernant le financement de leurs retraites, et que le modèle libéral américain n’est pas en très bonne santé.

La dette publique des Etats-Unis, qui s’élève à 8,200 milliards de dollars (6,600 milliards d’euros), est 6 fois plus importante que la nôtre pour seulement 5 fois notre population. Les 1,100 milliards d’euros de dette de la France représentent 64% de notre PIB, alors que la dette publique américaine s’élève à 72% de leur PIB (autres mauvais élèves: Italie 110%, Japon 120%).

Assigner la faute au seul système social français est donc une manipulation simpliste de la réalité. De la même manière, dire qu’il n’y a pas de problème de surendettement de l’Etat, car « les autres font la même chose », représente une autre manipulation, toute aussi simpliste, de la réalité.

L’état de nos finances publiques est bel et bien préoccupant. Le poids du service de la dette sur le budget de l’Etat entraîne une raréfaction de l’argent public dans de nombreux domaines stratégiques (recherche, éducation, grands travaux, santé etc.). Cette raréfaction des subventions a pour effet de décentraliser les dépenses et l’endettement vers les collectivités locales. Elle exacerbe les corporatismes et les revendications des différents groupes d’intérêts, mettant ainsi en danger le tissu social de notre société.

Mieux gérer les finances publiques est primordial pour le bon fonctionnement d’un Etat démocratique. C’est bien sûr une affaire de volonté et de courage politique, mais c’est aussi et surtout des choix délicats, et des décisions budgétaires complexes. Le chef du gouvernement a autant de marge de manœuvre que le capitaine d’un porte-avion traversant le canal de Suez, chaque changement de cap peut avoir des conséquences graves sur les grands équilibres économiques de la nation.

Les « y’a qu’a » de gauche croient encore que la dette créé de la croissance et qu’elle va induire des revenus fiscaux supplémentaires qui résoudront le problème ultérieurement. Ils préfèrent oublier que les déficits budgétaires se succèdent d’année en année et que la croissance reste au point mort. Quand, dans les années 70, il suffisait d’augmenter les dépenses publiques de quelques milliards d’euros pour ajouter un ou deux points de croissance, il faut aujourd’hui dépenser des centaines de milliards en plus pour gagner un demi point de croissance.

Les « y’a qu’a » de droite disent qu’il n’y a qu’à « diminuer le train de vie de l’Etat, les programmes sociaux, le nombre de fonctionnaires, etc. » et préfèrent oublier que l’emploi et la consommation vont en souffrir.

Pourtant, la croissance est si fragile que le moindre programme d’austérité risque d’envoyer l’économie dans le cercle vicieux de la récession, l’augmentation du chômage, et la diminution dramatique de la consommation, des investissements et des recettes fiscales.

Réduire la dette publique, tout en maintenant un taux de croissance qui protègerait l’emploi, relève plus du talent d’un grand magicien que de celui d’un ministre de la République. Vous ajoutez à cette complexité la variable électorale (2007 et 2008 sont des années « Bureaux de Votes » au cours desquelles il est recommandé de ne rien faire qui soit électoralement suicidaire) et vous vous retrouvez en 2009 avec 1,300 ou 1,400 milliards de dette, et une croissance toujours au ralenti.

Prétendre apporter une solution macro-économique au problème de la dette, depuis ma vallée pyrénéenne, n’est pas raisonnable. Mais, j’affirme qu’il ne faut pas pour autant sombrer dans le désespoir ou l’immobilisme, car nous avons beaucoup à faire au niveau local.

Pour trouver nos propres solutions, demandons-nous comment nous pouvons préparer nos communes aux grands bouleversements financiers et socio-économiques qui pointent à l’horizon ? Comment amortir le choc pour les habitants de nos vallées ? Et, surtout, comment inspirer les gens de bonne volonté à participer à la construction de la société de demain, sur des bases non partisanes ? Pour ma part, j’espère que les humanistes et les vrais démocrates joueront un rôle prépondérant dans cette nouvelle « aventure ».

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