[La] « réhabilitation des journalistes est un combat qu’eux-mêmes doivent mener, avec le soutien de la partie du public apte à s’engager dans cette voie ». Ce voeu, Yves Agnès le fait à haute et distincte voie dans son livre « Le grand bazar de l’info » (Editions Michalon).

Fort de ses 35 années de journalisme (1), Yves Agnès, aujourd’hui en retraite, ne se prive pas de stigmatiser les nombreuses dérives auxquelles la presse s’expose : marchandisation à outrance, copinages, inexactitudes, déformations, manipulation, clonage de l’information… Stigmatiser… mais aussi regretter cette situation qui ne peut que discréditer et menacer une profession pourtant essentielle à l’épanouissement de la démocratie.

Et c’est bien au nom de cette conviction qu’Yves Agnès, refusant d’abdiquer face aux lois du marché et « au triomphe de la médiocrité », propose une série de mesures pour refonder une information au service des citoyens.

Ces mesures, les voici :

 Multiplier les médiateurs : « les médiateurs peuvent avoir une heureuse influence sur la qualité de l’information comme sur les réflexes déontologiques des journalistes et de leur hiérarchie ».

 Rédiger une charte nationale : « un nouveau code déontologique, accepté par l’ensemble de la profession, constituerait une référence solide sur laquelle pourraient s’appuyer aussi bien les journalistes eux-mêmes que les entreprises médiatiques, les pouvoirs publics, les lecteurs, auditeurs et téléspectateurs « consommateurs » d’information ».

 Réviser la loi de 1935 (loi relative au statut professionnel des journalistes) : « la loi du 29 mars 1935 doit être actualisée, en tenant compte des bouleversements qu’a connus l’univers médiatique depuis 70 ans ».

 Reconnaître la responsabilité des journalistes : « il faut rééquilibrer le « pouvoir du capital » (public ou privé) par une forme de « pouvoir rédactionnel » ».

 Créer une commission nationale d’éthique : « instituer une instance de contrôle et la rattacher à un organisme légal et légitime de la profession, la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels […]. [Cette instance] comprendrait des représentants des organisations patronales et de salariés des différents types de médias, mais aussi des représentants de l’Etat, des universitaires, des magistrats, ainsi que des personnes qualifiées de la « société civile » et de la profession journalistique ».

 Proposer une formation de base : « […] une formation minimale sur les « fondamentaux » des comportements journalistiques doit être rendue nécessaire pour l’attribution de la carte professionnelle ».

 Créer un lieu fédérateur : « il manque à cette profession un lieu de rassemblement, de rencontres, d’études, de débat, accepté par tous ».

Yves Agnès tire un signal d’alarme et prévient : « Notre profession va se réveiller avec une belle gueule de bois à force d’accepter des breuvages frelatés ». Pour ne pas en arriver à cet extrême, prenons aux mots le sociologue des médias Jean-Marie Charron, préfacier de ce livre : […] « il manque d’idées, de réflexions, d’espaces de critique pour que se conduise un débat public permanent sur les conditions de production de l’information ».

(1) Yves Agnès a été rédacteur en chef au Monde, chef de rédaction à Ouest France et directeur général du CFPJ (Centre de formation et de perfectionnement des journalistes).

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Au sujet de Anne Dhoquois

Anne Dhoquois est journaliste indépendante, spécialisée dans les sujets "société". Elle travaille aussi bien en presse magazine que dans le domaine de l'édition (elle est l'auteur de plusieurs livres sur la banlieue, l'emploi des jeunes, la démocratie participative). Elle fut rédactrice en chef du site Internet Place Publique durant onze ans et assure aujourd'hui la coordination éditoriale de la plateforme web Banlieues Créatives.

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