Quelques romans à lire durant cet été. Et si la plage se prêtait aux ouvrages à caractère social ?

01--vivants.jpgLes Vivants et les Morts

Par Gérard Mordillat

Cela commence par un déluge. Pour sauver leur usine, une poignée d’ouvriers se battent contre « le ciel » qui a « décidé de vidanger ses cuves sur ce coin de territoire ». Ce coin de territoire, c’est Roussel, dans l’Est de la France, dont la seule industrie, « Plastikos », survivra à la pluie battante, mais pas au plan de rachat négocié par ses dirigeants dans un Sheraton à Bruxelles, en buvant de grands vins. _ Gérard Mordillat raconte le lent déclin de l’usine, dans un roman social très lyrique, qui glorifie la grève, mais pas les ouvriers. Le couple qui est au cœur de l’intrigue, Rudi et Dallas, est décrit sans fard, dans la violence de ses rapports. Autour gravite une galerie de personnages. Un ouvrier qui croit gagner en promotion tout en pensant s’engager pour le bien de l’usine. Un autre, un ancien, respecté de tous, qui perd son identité avec son licenciement. Et un directeur naïf et de bonne foi, qui croit pouvoir sauver son entreprise par des licenciements successifs sans avoir toutes les informations de son actionnaire principal…

Ed. Calmann-Lévy, 2005, 658 p., 20,95 euros

01--squatter.jpgLe conte du squatter

Par Ike Oguine

Obi est Nigérian. Un MBA en poche, il a décidé de quitter la banque d’Etat nigériane où son père a travaillé toute sa vie pour une « société financière », dont le narrateur nous décrit en détail, avec une savoureuse candeur, le fonctionnement plus que douteux. Fuyant la faillite, Obi décide de retrouver son oncle Happiness aux Etats-Unis.

Mais cet oncle d’Amérique ne ressemble pas à celui qui revient au pays, auréolé de son image de migrant, en homme riche et libre… Et Obi devient un immigré comme un autre, qui squatte. Il découvre alors la communauté afro-américaine, ses illusions, ses difficultés, son amertume. Un roman plein d’ironie, sur les mirages du libéralisme et du rêve américain.

Ed. Actes Sud, 2005, 275 p., 22 euros

01--histoires-amour-grand.jpgDouze histoires d’amour à faire soi-même

Lola Gruber

Ces histoires d’amour sont plutôt des histoires de désamour… Chaque nouvelle nous raconte une relation qui s’effiloche et se défait petit à petit devant nos yeux. Une écriture tendue, pudique, qui dépeint au quotidien l’impossibilité d’aimer. Dans un recueil plein d’ironie.

Ed. Les petits Matins, 2005, 240 p., 15 euros

01--jeune-fille-grand.jpgLa jeune fille et la mère

Par Leïla Marouane

Le roman de Leïla Marouane livre le témoignage poignant d’une jeune fille algérienne confrontée à la violence. Violence de l’autorité patriarcale, du poids des traditions envers les femmes, violence de sa mère également. Cette femme qui s’est battue pour l’indépendance de son pays et qui se retrouve confinée aux travaux domestiques entre fausses couche et grossesses. Elle voulait pour sa fille une vie meilleure que la sienne, faite d’études à l’université et de liberté. Mais elle est aussi prisonnière du carcan de la tradition qui exige notamment la virginité des jeunes filles au moment du mariage. C’est peut-être cet acrobatie délicate entre préservation de l’honneur de la famille et ambition pour sa fille qui mène cette mère au bord de la folie. Mais serait-ce une folie feinte pour sauver sa fille d’un destin similaire au sien ?

Ed. du Seuil, 2005, 176 p., 15 euros

01--breches-grand.jpgZaynab ou Les brèches de la mémoire

Par Aroussia Nalouti

Zeynab est également un roman sur la condition de la femme, cette fois en Tunisie, en pleine guerre du Golfe. On est tour à tour avec l’amant de l’héroïne, un écrivain, père d’une petite fille, et Zeynab elle-même, qui se tourmente. L’ouvrage aborde les thèmes traditionnels du roman arabe moderne : la relation mère-fille, la place d’une mère soumise à un mari autoritaire, l’opposition entre tradition et modernité, le poids du patriarcat. Chacun de ces thèmes est un poids et un non-dit dans la vie de l’héroïne, auxquels se heurte la volonté de la jeune femme de vivre et d’être libre.

Coll. Sindbad, éd. Actes Sud, 2005, 108 p., 16 euros

01--averse.jpgUne averse

Par Kim Yu-Jong

De la difficulté pour une jeune paysanne de gagner deux wons pour éviter d’être battue par son mari. De la culpabilité d’un homme qui a aidé son voisin a vendre sa femme. Dans les nouvelles de Kim Yu-Jong, les femmes sont à la fois des outils de production et des monnaies d’échanges. Cet auteur coréen, mort en 1937, était né dans une famille de riches propriétaires terriens, mais a tout abandonné pour mener une vie de vagabond, consacrée aux petites gens. Il les décrit ici dans toute leur violence, et décortique les relations humaines dans l’économie paysanne de subsistance. Très beau.

Ed. Zulma, 2005, 150 p., 8 euros

01--ving-ans.jpgA nos vingt ans

Par Nguyên Huy Thiep

Khuê, 20 ans, s’exprime en argot, il est parfois cynique, pas toujours sympathique. Surtout, il est en révolte. L’un des plus grands écrivains vietnamiens, auteur de contes comme La vengeance du loup, prend la voix d’un jeune homme pour nous décrire le Viet Nam contemporain et sa crise des valeurs. La révolte de son personnage révèle une société déchirée entre un communisme doctrinal et le libéralisme sauvage. Sa vadrouille à travers le pays nous fait découvrir la misère sociale, l‘urbanisation galopante, la corruption, la fascination pour le « business », la place chancelante des « lettrés ». A ne pas rater.

Ed. de L’aube, 2005, 221 p., 18, 80 euros

01--plaque-or.jpgPlaqué Or

Par Nora Hamdi

Dans la vie de Séloula, il y a Paul, un jeune rentier que la fortune et la renommée paternelle sclérosent, Michelle, une jeune femme arriviste, Taissa, une colocataire un poil raciste… Nora Hamdi n’est pas tendre avec ceux qui n’arrivent pas « à se bouger » et stagnent à la surface, en s’attachant au plaqué or. Mais, à travers les rencontres de son personnage, une jeune actrice d’origine algérienne, Nora Hamdi nous balade dans différents quartiers de Paris, de la Goutte d’Or au cinquième arrondissement. Elle nous emmène chez les immigrés algériens, les intermittents du spectacle et des grands bourgeois.

La vie de Séloula est faite de cette mosaïque qui lui sert de canevas pour construire son identité. Un canevas qui est aussi tissé d’une lourde histoire familiale, marquée notamment par le départ prématuré et soudain de son frère. Un frère dont on suit en parallèle les avancées tout au long du roman jusqu’au point de rencontre.

Ed. Au diable Vauvert, 2005, 241 p., 17 euros

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