Dimanche 5 juin, à l’heure du goûter sur le bassin de la Villette, les langues se délient autour d’un verre au Point Ephémère. Organisé par les conseils de quartier de Louis Blanc et de la Grange aux belles, le café-débat sur culture et lien social prend forme.

Très vite, les premières expériences entre artistes et habitants du quartier sont échangées : « L’été dernier, la compagnie Mister Bouffe avait installé ses tréteaux à la Grange aux Belles et les enfants ont monté en un mois un spectacle avec cours de théâtre gratuits tous les matins », raconte Paule Lefebvre-Krol, la présidente d’Aires10, une association du Xème créée en 1986 par les habitants du quartier pour tisser un lien social par le biais entre autres d’écrivains publics, d »aide scolaire, de projets et d’échanges culturels… « On a besoin de rencontrer des artistes au quotidien », lance un des seuls trentenaires de l’assemblée qui s’envolerait plutôt vers la cinquantaine. « La relation avec l’artiste amène une dimension qui nous permet d’aller plus loin, poursuit le jeune homme. Il y a l’artiste producteur et l’habitant consommateur ; mais comment faire intervenir l’artiste sans faire entrer en jeu une relation commerciale, sans argent disponible. »

L’argent, le nerf de la guerre. Le débat est lancé mais vite évacué car, dans l’immédiat, pas de solution. Une femme enrobée dans un imperméable rose lance l’idée de « faire un grand bal populaire, tout simplement. Mais aura-t-on l’autorisation ? » Du fond de la salle gronde une envie d’en découdre : « Prenons-le ce droit, faisons un grand bal et on verra bien s’il y a plus de danseurs et d’accordéonistes que de policiers. »

Débat, projet et musique

Gilles, artiste du XXe, la cinquantaine et un passé de militant derrière lui, rappelle l’histoire de la Bellevilloise, ce lieu de Belleville créé après 1870 par quelques communards revenus d’exil qui ont construit une coopérative, puis un cinéma et un lieu de spectacles où Erik Satie a fait des créations. Ces prolétaires de la Bellevilloise qui étaient 10 000 en 1900 « ont recréé, parce qu’il y avait urgence, un lien entre social et culture ». « Ce qu’il manque, c’est le projet, continue ce militant de la culture sociale, le comment de la réalisation viendra ensuite. Un petit exemple : on aimerait tous faire venir dans les comités de quartier les populations immigrées, mais l’un d’entre nous a-t-il pensé à faire venir un pote traducteur qui permettrait au Malien ou au Sri lankais qui ne sait pas s’exprimer correctement en français de donner son point de vue et de nous amener participation et idée ? »

Les mamans avec poussettes ne font que passer, et le débat glisse vers l’utilisation des origines différentes des habitants d’un quartier pour inventer autre chose. « J’ai peut-être d’autres envies culturelles que ce qu’on me propose », lance Anne Soley, responsable du club Tournesol, rue du Terrage. Dans l’association qu’elle anime et que les enfants ont structurée au fil des années par leurs envies et leurs besoins (cours de danse, de musique…), le mélange entre les différentes nationalités donne lieu à des repas géants avec spécialités culinaires et musiques ethniques.

Il est 18h, la salle peu à peu se remplit d’un public beaucoup plus jeune venu pour le concert rock-reggae de Jericho et les Eburnéans et Fonebone, deux groupes de la Grange aux belles qui vont clore en musique cet après-midi débat.

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