Leila Bousnina, dont les photos de Maghrébins en solitude animent les murs du café Point Ephémère sur le quai de Valmy, a choisi le noir et blanc pour
faire parler ces hommes mûrs venus de l’autre côté de la Méditerranée. La trentaine toute en énergie, en coup de gueule et en coup de cœur, Leila, d’origine algérienne elle-même, a été touchée par ces hommes ayant immigré pour construire la France d’après guerre, souvent seuls, laissant la famille au pays.

Elle les a rencontrés jour après jour à Marseille place des Voleurs où un marché aux puces sauvage leur permettait, eux qui n’ont aucun endroit pour se réunir, de garder le lien tout en vendant des petits objets à trois sous. Puis quand, travailleuse sociale, elle accompagnait dans leur quotidien ces retraités coupés de leur pays d’origine.

De retour à Paris où elle participe pour la mairie à l’accompagnement et au relogement des habitants d’un hôtel insalubre du Xe, elle en a rencontré d’autres; de cette tribu qu’elle connaît, qu’elle a appris à aimer, elle se sent le bras qui peut raconter l’histoire et l’œil qui fait les portraits.

Séduite par leur simplicité, Leila est avant tout admirative de leur regard de sociologue sur un monde qui ne les voit même plus. « On se casse trop la tête, ces gens-là me permettent de simplifier tout », dit-elle. Une exposition à la mairie du Xe permet, depuis le 8 juin, de visiter ses séries de portraits en noir et blanc.

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