« Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire » ou l’ambition d’écrire un nouveau pacte social pour assurer la survie de l’ensemble de l’humanité sur une planète unique. Initiée par la Fondation pour le progrès de l’homme, la rédaction de la « charte des responsabilités humaines » progresse et se décline. Le FSM : étape obligée de ce processus de coopération à l’échelle planétaire.

Un Forum Social Mondial au Brésil, ce serait comme une suite de points d’interrogation pour les mises en cause, de points d’exclamation pour l’énergie et de points de suspension pour les suites que nous voudrons bien donner à tous ces échanges.

Si un autre monde est possible, il naîtra des réseaux, des passerelles, des rencontres. Chacun cherche et trouve un partenaire parfois improbable parce que la quête ne semble jamais vaine. Terminé le nord riche, civilisé et colonisateur en tous genres, terminé le sud pauvre, barbare et victime. Si un autre monde est possible, ces repères cardinaux-là seront abolis.

Je partais en craignant d’assister à une « grand messe gauchiste », certes touchante mais caricaturale, non-constructive et inefficace, un joyeux bazar folklorique. Je reviens avec l’impression d’avoir participer à la lente naissance d’une nouvelle manière de travailler ensemble pour changer le monde. Certains dinosaures de la contestation ne le savent pas encore, peut-être qu’ils le soupçonnent sans réussir à y croire vraiment : les idéologies sont bien dépassées, seules compteraient les valeurs.

Il me paraît donc pertinent et légitime de revenir sur la notion « d’alliance », ce joli mot un peu fort qui dépasse l’opposition figée pour tendre vers une dynamique de proposition. Si la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme a initié un processus, le Forum Social Mondial est peut-être en train de se l’approprier.

Tout a commencé par un séminaire au titre ésotérique  » Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire  » : en rond sous la tente se présentent Edith, néerlandaise, Siddharta, indien, Yolanda, grecque, Isis, brésilienne, Ziyad, libanais, Siddiki, sénégalais, Linda, américaine, Michel, français, Gustavo, chilien… et l’histoire commence.

La vie internationale repose aujourd’hui sur deux textes fondamentaux : « la Déclaration universelle des Droits de l’homme », centrée sur les individus et la « Charte des Nations Unies », centrée sur la paix et le développement. Les transformations denses et fulgurantes qu’a subies le monde depuis cinquante ans lui imposent de nouveaux défis. Jamais la capacité humaine de destruction n’a atteint cette puissance, jamais les informations n’ont circulé aussi vite.

L’idée d’une troisième charte est évoquée une première fois à Stockholm en 1972, la nécessité de ce troisième pilier centré sur la terre et l’humanité réapparaît à Rio de Janeiro en 1992. Il est urgent et nécessaire d’imaginer un nouveau pacte social pour assurer la survie de l’ensemble de l’humanité sur une planète unique. L’un des objectifs de l’Alliance devient la rédaction collective d’un tel document, très ambitieux par essence, égalitaire par choix, mondialiste pour faire face aux enjeux planétaires.

Une « Alliance » locale et mondiale

Entre 1986 et 1993, un groupe d’intellectuels établit rien de moins qu’un état des lieux du monde et des risques qui le guettent, qu’ils soient technologiques, économiques, sociaux ou politiques. Un texte appelle à surmonter le sentiment d’impuissance généralisée face aux fossés entre les pauvres et les riches, entre les hommes et les femmes, entre la nature et l’humanité.

Dans un monde où tout s’accélère, où l’économie semble prendre le pas sur le politique, qui doit prendre les décisions, qui doit rendre des comptes à qui et sur quoi ? Quelles sont aujourd’hui et demain nos responsabilités pour reprendre en main nos vies ? Des groupes régionaux, des groupes thématiques ou professionnels se mettent progressivement en place : de l’échelle locale au niveau mondial, comment peser ensemble sur l’avenir d’un monde complexe et plus que jamais interdépendant ? Comment la communauté humaine peut-elle reprendre son destin en main et agir en connaissance de cause ?

« L’Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire » représente la mobilisation de femmes et d’hommes de tous les pays prêts à partager leurs réflexions et leurs expériences dans la plupart des domaines d’activité.

Ce réseau informel sans porte-parole continue de rassembler des militants associatifs, des chercheurs, des chefs d’entreprises, des paysans ou des chômeurs, des jeunes ou moins jeunes, des représentants d’organisations, de groupes, de mouvements, d’institutions ou des individuels. Ils prétendent agir collectivement pour contribuer à des transformations qui répondront aux défis et enjeux du 21ème siècle.

« Il faudrait qu’une autre mondialisation, celle du bien commun, de la responsabilité et de la solidarité, équilibre la première. Cette mondialisation-là ne doit pas mener un combat destructeur, mais plutôt proposer une dimension complémentaire, rectificative, pour éliminer les effets néfastes d’une mondialisation unidimensionnelle et fonder sur la notion d’humanité une mondialisation du bien commun. Je crois que cette Assemblée est un repère, une balise, qui propose une nouvelle direction, passant de l’opposition des deux mondialisations à une mondialisation plurielle et plus humaine », dit Quin Hui, Chinois, dans son discours de clôture de l’Assemblée mondiale des citoyens, qui s’est tenue à Lille en 2001.

Très concrètement aujourd’hui, des « cahiers de proposition » ont été rédigés par des pêcheurs, des juristes, des scientifiques, des éditeurs, des religieux, des universitaires… ces petits livres sont classés en 4 collections (« Humanité et biosphère », « Gouvernance et citoyenneté », « Socio-économie de solidarité », « Valeurs-éducation-culture ») et servent de support à des débats pour provoquer des changements de pratiques.

Travailler « ensemble et à égalité »

Le processus d’élaboration représente le premier intérêt de cette « charte des responsabilités humaines ». Itératif, il doit répondre à l’opposition apparente entre respect de la diversité et unité nécessaire.

Entre 1995 et 1998, des ateliers organisés en Afrique, Asie, Amérique latine et Europe partent de la réalité quotidienne de chaque culture pour établir un certain nombre de valeurs et de principes. Une première proposition de charte est écrite en 1999.

S’ensuit une série de consultations internationales pour vérifier la pertinence de ces déclarations dans des domaines et régions spécifiques. Un comité de rédaction, un comité de sages et puis une assemblée mondiale de citoyens ont relu, expérimenté et amendé le texte finalement présenté en octobre 2002. L’Alliance et les « alliés » continue à tester le document qui fait son chemin au sein de la société civile comme dans les institutions internationales.

Ce mode opératoire, au-delà du texte en lui-même, ressemble bien à une étape historique. La FPH apporte du reste une énorme contribution méthodologique au Forum Social Mondial ; la nouvelle auto-gestion complète de ses activités en 2005 ou la disparition de ses  » grandes messes  » n’est pas un hasard.

Autre nouveauté, cette charte interactive et en constante évolution continue de se décliner. Elle interroge dorénavant les différents niveaux de responsabilités individuelles, collectives, professionnelles… pour apprendre à les assumer. Ce concept universel et éthique de « responsabilité » s’exprime différemment en fonction des cultures du monde, mais il comporte trois dimensions : assumer les conséquences directes et indirectes de nos actes ; s’unir pour sortir de l’impuissance, reconnaître que cette responsabilité est proportionnée au savoir et au pouvoir de chacun. A partir de là, que chacun, à sa place, réfléchisse sur sa propre responsabilité. Une base fondamentale pour inventer des actions proportionnées.






La fondation Charles Léopold Mayer

Charles Léopold Mayer (1881-1971) était un chimiste français d’origine irlandaise. Il a fait fructifier sa fortune dans l’idée de la mettre au service de travaux scientifiques et humanitaires. La Fondation pour le Progrès de l’Homme est née en 1982. De droit suisse, elle est financée par les revenus de son patrimoine qui s’élèvent à 6 millions d’euros par an.

Contacts :

Fondation Charles Léopold Mayer :

38 rue St-Sabin – 75 011 Paris

Site : www.fph.ch

Mail : paris@fph.fr

Informations sur l’Alliance et ses activités :

Site : www.alliance21.org

Mail : info@alliance21.org






Principes devant guider l’exercice des responsabilités humaines

Nous avons tous la responsabilité de faire vivre les Droits Humains dans nos modes de pensée et dans nos actions.

 Pour faire face aux défis d’aujourd’hui et à venir, il est aussi important de s’unir dans l’action que de valoriser la diversité culturelle.

 La dignité de chacun implique qu’il contribue à la liberté et la dignité des autres.

 Une paix durable ne peut être établie sans une justice respectueuse de la dignité et des droits humains.

 Pour assurer l’épanouissement de l’être humain on doit répondre à ses aspirations immatérielles aussi bien qu’à ses besoins matériels.

 L’exercice du pouvoir n’est légitime que lorsqu’il est mis au service du bien commun et qu’il est contrôlé par ceux sur qui ce pouvoir s’exerce.

 La consommation des ressources naturelles pour répondre aux besoins humains doit s’intégrer dans une démarche plus large de protection active et de gestion prudente de l’environnement.

 La recherche de la prospérité ne peut être dissociée du partage équitable des richesses.

 La liberté de la recherche scientifique implique d’en accepter la limitation par des critères éthiques.

 Les connaissances et les savoir-faire ne prennent tout leur sens que par leur partage et leur usage au service de la solidarité, la justice et la culture de la paix.

 Dans les décisions concernant les priorités du court terme il faut prendre la précaution d’évaluer les conséquences à long terme avec leurs risques et incertitudes.




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Au sujet de Nathalie Dollé

Diplômée de l’École Supérieure de journalisme de Lille puis détentrice d’un Master « information et éthique des droits de l’homme », Nathalie a quitté le groupe France-Télévision après 20 ans de carrière pour se lancer dans des missions autour de la presse et de la communication, en France et à l’international. Essentiellement pour l’Union européenne.

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