Les tenants de l’idéologie dominante présentent généralement les alternatifs comme de doux utopistes (eux-mêmes étant, bien sûr, les seuls authentiques réalistes). Et si c’était l’inverse ? Et si le réalisme était plutôt du côté de ceux qui tentent d’inventer une économie en prise avec les vrais besoins humains ? Et si les partisans d’un libéralisme débridé n’étaient que de dangereux utopistes ? Démonstration.

L’utopiste est celui qui croit qu’en la laissant faire, la  » main invisible  » va enfin, plus tard, faire le bonheur de tous.

Le réaliste est celui qui constate que le monde n’a jamais su produire autant, donc que si la pauvreté ne diminue pas, c’est que les richesses produites sont mal partagées.

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L’utopiste est celui qui croit que la libre entreprise a pour vocation la promotion des déshérités.

Le réaliste est celui qui constate que le progrès social ne résulte pas spontanément des progrès techniques, qu’il faut l’organiser.

Pour l’utopiste, la prospérité c’est exporter, avec de plus en plus de camions énormes sur les routes et de tankers géants sur les mers, et il croit que les sous-développés actuels auront accès à la “civilisation” grâce à ses bagnoles.

Le réaliste a compris que les paysans expropriés de leurs terres nourricières n’auront jamais de quoi acheter des OGM.

L’utopiste voit le salut dans la croissance et la prospérité dans la création d’emplois pour tenter d’en diminuer les dégâts écologiques.

Le réaliste observe que la réalité impose des limites à certaines croissances, à certaines exploitations et à tant de pollution.

L’utopiste pense qu’il va convaincre par son art de la communication et l’énormité de ses budgets publicitaires.
Le réaliste a l’esprit critique, il ne cherche pas à convaincre mais à confronter ses réflexions avec celles des autres.

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L’utopiste admet qu’on ne doit vivre que si l’on parvient à se vendre. Alors, il compte créer toujours plus de besoins et que ces nouveaux besoins vont créer de nouveaux emplois. Et comme, à ses yeux, « il n’y a pas de sot métier », chacun pourra demain comme hier gagner honnêtement son pain à la sueur de son front.

Le réaliste observe que les technologies actuelles, héritage de connaissances accumulées au cours du temps, constituent un patrimoine universel permettant déjà de produire plus qu’assez, sans que le travail à plein temps de tous soit nécessaire.

Il constate également que beaucoup d’activités utiles ne sont pas payées, alors soit elles ne sont pas menées à bien, soit elles ne permettent pas de vivre aux bénévoles qui les accomplissent. Alors, il prétend qu’il appartient à la société humaine de s’organiser autrement, d’utiliser son patrimoine pour assurer la production nécessaire, pour que chacun reçoive un revenu qui lui permette de vivre décemment, quelle que soit la façon dont il participe à cette production.

Tout le monde, enfin, constate le pouvoir de l’argent.

Mais, l’utopiste accepte que le pouvoir d’émettre la monnaie soit abandonné à des irresponsables, sur qui il se repose, en toute confiance, pour effectuer les choix économiques essentiels. Alors, il est persuadé qu’un pays s’enrichit quand il exporte plus qu’il n’importe, c’est-à-dire quand il échange ses vraies richesses contre des symboles monétaires convenus, promesses sans valeur et jamais sûres.

Tandis que le réaliste veut revenir à la réalité. Il n’admet pas qu’un pouvoir d’achat soit créé ex nihilo ; il refuse que l’argent rapporte de l’argent sans créer de vraie valeur. Alors, il demande que la masse monétaire émise par un pays ne soit que la contrepartie des richesses qu’il crée, et que cette monnaie s’annule au fur et à mesure qu’elle sert à consommer ces produits.

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