Les Amis du futur est une association créée en 1998 par des étudiants guinéens de la faculté de Conakry. Son objectif : développer les qualités citoyennes et les valeurs morales dans la jeunesse du pays. Son slogan : « Soyons ensemble pour construire l’avenir ».

Image_0780.jpg Sansy Kaba Diakité, 27 ans aujourd’hui, est l’heureux président de l’association Les Amis du futur, qu’il a fondée en 1998 avec des étudiants de la faculté de Conakry, capitale de la Guinée. A l’époque, les associations créées dans un cadre universitaire recouvraient toutes un caractère ethnique, religieux ou régional.  » Pourquoi ne pas créer une structure regroupant des jeunes sans distinction de races ou d’ethnies ? « , se dit alors Sansy, étudiant en polytechnique.

Aussitôt dit, aussitôt fait : la  » cérémonie de baptème  » de l’association a lieu en 1999 et Les Amis du futur devient un espace de discussion et d’initiatives. Sa préoccupation majeure : contribuer au développement de la Guinée. Sa limite : au regard du montant des bourses versées aux étudiants, aucun membre n’a les moyens de payer une cotisation. L’association doit donc organiser des activités n’exigeant pas de mise de fond. C’est chose faite avec le lancement de l’opération ANSCOR (Amélioration du niveau scolaire par des compétitions d’orthographe).

Chaque étudiant parraine un collège de la ville – celle-ci est divisée en communes regroupant des populations plus ou moins aisées – et encadre les élèves qui se préparent à participer à une compétition d’orthographe ; la finale, qui comprend diverses épreuves (dictée, recherche de mots dans le dictionnaire, questionnaires sur le Guinée, et certains auteurs) se déroule le 20 mars, journée mondiale de la francophonie.

« Grâce à cette action, nous contribuons à ce que des liens de solidarité et d’amitié se créent dans la jeunesse », commente Sansy. ANSCOR, qui en est à sa sixième édition, est aujourd’hui en partie subventionnée par la Coopération française, permettant à l’association d’étendre le concours à l’ensemble du territoire. Les participants – au nombre de 1000 cette année -, une fois devenus étudiants, intègrent pour certains l’association Les Amis du futur.  » Nous permettons aux jeunes d’exercer leur citoyenneté « , poursuit Sansy.

Lire et surfer

Forte du succès d’ANSCOR, l’association a mis en place d’autres activités. Il en va ainsi du bibliobus, bibliothèque scolaire itinérante permettant aux jeunes de banlieues défavorisées d’accéder à des livres. Puis, fidèle à son objectif et à son slogan – « Soyons ensemble pour construire l’avenir » -, l’association s’est lancée dans l’initiation à Internet, le pays bénéficiant d’une liaison par antennes satellites, moins chère que le téléphone.

Des étudiants négocient avec des cybercafés ou des lieux d’accès publics pour disposer d’une salle et d’ordinateurs connectés afin de former les jeunes à l’usage des NTIC.  » Aux gérants de ces lieux, pour les convaincre, nous tenons le discours suivant : les jeunes que nous formons à utiliser Internet deviendront de futurs clients « , explique Sansy. L’association profite également de la fête de l’Internet pour poursuivre son effort de sensibilisation aux NTIC.

« Grâce à Internet, un jeune africain a accès aux mêmes ressources qu’un jeune occidental. Un Européen, par exemple, n’a rien à m’apprendre sur les TIC. Nous avons donc les mêmes chances au départ. Nos Etats doivent vraiment faire des efforts pour rendre les TIC accessibles à tous ; ça nous permet d’être compétitifs », affirme Sansy. Et son parcours lui donne raison : aujourd’hui étudiant en master « Gestion et management des entreprises de l’économie sociale » au Mans, il a monté tout son dossier sur Internet… et a été admis.

Université d’été

L’association Les Amis du futur a peu à peu professionnalisé sa démarche. Ses membres doivent aujourd’hui remplir un dossier de candidature – l’adhésion étant désormais soumise à conditions et à cotisation – afin de tester leur motivation, puis les fidéliser. Face à un nombre important d’ex-étudiants, toujours actifs dans l’association, à la recherche d’un emploi, celle-ci a mis en place de nouvelles activités pour aider les jeunes à s’insérer. Ainsi, ces derniers peuvent désormais mettre en pratique leurs compétences acquises dans le cadre de leurs études et en faire profiter les bénéficiaires : un étudiant en droit peut donner des conseils juridiques ; un étudiant en économie peut prendre en charge la comptabilité ; un étudiant en anglais va s’atteler à des traductions, etc. Ainsi, un concours d’anglais a été organisé pour les ressortissants étrangers étudiant à Conakry.

Des commissions ont également été créées – TIC/santé et environnement/éducation et formation/culture et sport – afin de faciliter la mise en route de projets. « Quand les jeunes ne sont pas occupés, un phénomène de clans se met en place. Dans le cas inverse, ils se concentrent sur leurs activités et font tout pour être meilleur dans leur domaine », observe Sansy.

Et en termes d’activités, l’association a eu fort à faire en août dernier. Elle a en effet organisé, à Kankan, la cinquième Université d’été internationale du réseau Fragments du monde, qui réunit des associations de jeunes œuvrant dans le domaine des TIC. Le thème de cette manifestation qui s’est tenue sans de grosses subventions était : « Culture vue d’Afrique, entre tradition et modernité ».

Près de 150 participants, issus de la Guinée et des pays voisins, ont pu bénéficier de cet espace de rencontres, d’échanges et de formations. Des ateliers étaient ainsi organisés pour permettre aux jeunes de s’informer sur leur santé (Sida notamment), mais aussi d’acquérir des bases et des outils pour qu’ils puissent prendre des initiatives et entreprendre des actions. Des sessions de formations aux TIC avaient également été programmées. Enfin, l’université d’été a été l’occasion de rendre un hommage au créateur de l’alphabet N’Ko, le guinéen Fodé Souleymana Kanté, moyen de valoriser l’écriture africaine.

Fier de toutes ces réalisations et de la réussite de l’Université d’été, Sansy conclut : « Aujourd’hui, Les Amis du futur est l’une des associations les plus solides de Guinée, et l’une des rares à avoir un site Internet. Grâce à nos actions, nous sommes utiles à notre pays. Nous créons des “jeunes modèles”, soit des citoyens capables de se prendre en charge et de contribuer au développement de la Guinée ».

Site : www.biasy.net/~laf

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Au sujet de Anne Dhoquois

Anne Dhoquois est journaliste indépendante, spécialisée dans les sujets "société". Elle travaille aussi bien en presse magazine que dans le domaine de l'édition (elle est l'auteur de plusieurs livres sur la banlieue, l'emploi des jeunes, la démocratie participative). Elle fut rédactrice en chef du site Internet Place Publique durant onze ans et assure aujourd'hui la coordination éditoriale de la plateforme web Banlieues Créatives.

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