Depuis son arrivée à Paris en 1989, Yaya Nguette a enchaîné les emplois précaires. Parfois muni d’un visa mais souvent sans papiers, il peine à envoyer de l’argent à sa famille, restée au Sénégal. Toujours en foyer, Yaya n’a qu’une idée en tête : rentrer au pays et concrétiser son projet d’élevage et de verger.

Yaya Nguette, 42 ans, Sénégalais, projet d'élevage de bovins et d'un verger. Vêtu d’un jogging et d’une casquette, Yaya Nguette en est à son premier rendez-vous avec la Fafrad, pour un projet de retour à Saint Mamadou Boutou, un petit village de brousse de mille habitants, situé au Sénégal. Durant ses 15 années passées en France, Yaya n’a pas eu l’occasion de s’intégrer véritablement au niveau social et professionnel. « Je vis en foyer avec d’autres immigrés de ma région », explique-t-il dans un français mal assuré. Il enchaîne tous les ans les mêmes petits boulots, souvent en tant qu’intérimaire. Mais ce Sénégalais de 42 ans est un bosseur et arrive à décrocher des contrats de 18 mois lorsqu’il a des papiers.

En ce moment, c’est le cas. Avec son visa, il a obtenu un CDD dans une grande entreprise automobile. « Je suis au montage des pièces. Je commence à 5 heures pour finir vers midi ». Ses revenus lui permettent d’envoyer un peu d’argent à ses proches, notamment à sa femme et ses cinq enfants, restés au village. Une autre partie de son salaire va dans l’achat de nouveaux arbustes pour son verger qui sera l’une des deux activités de son GIE (Groupement d’Intérêt Economique). « Depuis l’année dernière, j’ai commencé à planter dans mon champs des citronniers, des bananiers et quelques manguiers. Je souhaite élargir mon verger avec des pommiers et des orangers ». Pour l’instant, ce sont des membres de sa famille qui s’occupent du verger. A terme, il souhaite embaucher deux personnes dont le salaire sera fixé à 50 euros par mois.

Quant à la partie “élevage”, il possède déjà un troupeau de 15 bovins. « Je souhaite les vendre sur le marché. Pour cela, j’ai besoin de les alimenter avec des graines de coton. J’ai appris que c’était très nourrissant ». Yaya a en effet suivi une formation à l’agriculture grâce au GRDR (Groupe de recherche et de réalisation pour le développement rural dans le tiers-monde).

Il semble avoir tout ficelé pour monter son entreprise. Seul problème : l’acheminement de l’eau, denrée rare, surtout pendant la saison sèche.

« Le puit qui approvisionne mon champ en eau est manuel. Cela nécessiterait l’embauche d’autres personnes que je ne pourrais pas payer. J’ai besoin de 7500 euros pour acheter une motopompe pour moi et mon village. Je suis conscient que mon retour jouera en faveur du développement économique de ma région ». Malgré toute cette bonne volonté, c’est une somme difficile à réunir par les seules subventions, d’après Sophie Emery, chargé de projet à la Fafrad.

Le temps que ses arbustes donnent leurs premiers fruits, il reste à Yaya de nombreuses étapes à franchir sur le chemin du retour.

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