Une douzaine de mômes, demandeurs d’asile en France, déracinés, participent à un atelier de cinéma à Melun, en région parisienne. Scénaristes, acteurs et réalisateurs de leur propre histoire, c’est grâce à une autre exilée, Catalina Villar, qu’ils arrivent à recoller les morceaux entre un passé douloureux et un futur en construction.

Diana, photographiée par l'un des participants de l'atelier Ils sont 12 enfants âgés de 7 à 15 ans, avec un point commun, celui d’être des demandeurs d’asile, hébergés au CADA (Centre d’aide aux demandeurs d’asile) de Melun (77). Venant de Madagascar, d’Algérie, de Turquie ou encore de Géorgie, ces 12 enfants, dont certains sont orphelins, ont parfois vécu les pires atrocités : la guerre puis l’exil, le déracinement et l’interminable attente avant de savoir si la France les acceptera finalement.

Pour tromper cette attente et réussir à exorciser les images qui remplissent leurs têtes, une femme, énergique et chaleureuse leur donne une voix, à travers images et sons. Exilée elle aussi, Catalina Villar est colombienne, et vit depuis 20 ans en France. « Mais mon parcours n’est pas du tout le même que ces enfants. Moi je peux rentrer dans mon pays si je le souhaite », précise t-elle.

Réalisatrice et formatrice aux ateliers Varan (Ecole de réalisation de documentaires), Catalina concrétise un peu plus chaque jour un projet qui lui prend toute sa vie : réaliser un court-métrage de fiction avec ces enfants déracinés.

Un recadrage nécessaire

Accueillie par le CADA de Melun et l’association France Terre d’asile, la réalisatrice organise depuis février des ateliers photos, d’écriture de scénario, de comédie et de vidéos. « Nous avons commencé par leur donner des appareils photos noir et blanc, pour leur apprendre le cadrage, explique t-elle. Les enfants devaient photographier leur vie. Ce travail nous a servi à leur faire prendre conscience que le principal intérêt réside dans ce qu’ils vont nous raconter d’eux, de leur propre image ». Les faire parler, imager, raconter, voilà l’objectif de l’atelier cinéma mis en oeuvre par Catalina.

Durant l’année et les petites vacances, les enfants ont réalisé leur tout premier documentaire. Une équipe a filmé le CAFDA (Coordination pour l’accueil des familles demandeuses d’asile) de Paris, une autre la vie dans la cité, d’autres encore ont réalisé des portraits de leurs parents. Les 12 enfants surprennent : « Je ne pensais pas qu’ils saisissaient autant la réalité qui les entoure, mais leur vision est très précise et juste sur les parcours des réfugiés », avoue Catalina.

Assez déçue toutefois par l’approche trop « adulte » du documentaire, elle reporte ses espoirs sur la troisième phase de l’atelier, la réalisation d’une fiction, qui se déroule durant l’été. De l’écriture du scénario en passant par le choix des décors, des acteurs sans oublier la réalisation et le montage, tout sera entièrement pris en main par « les 12 monstres », aidés de professionnels du cinéma qui accompagnent le projet.

Une histoire comme révélateur

L’histoire du film est celle de 2 frères qui ont quitté un pays imaginaire, un pays où tout le monde vit dans les arbres. Leur mère qui s’est fait mordre par un serpent est partie se faire soigner dans les cieux. Les enfants partent à sa recherche, dans un voyage onirique et semé d’embûches, et la retrouvent réfugiée politique en France.

Difficile de faire tenir cela dans un film de 10 à 15 minutes. Surtout avec les nombreuses idées venues du monde entier : « Les enfants projettent leur propre pays dans cette histoire. De la mer morte aux villages dépouillés de présence féminine, les décors imaginés par les enfants révèlent leur vécu ». Le film joue ainsi le rôle de catalyseur. « Il y a dans le groupe un petit garçon qui a perdu sa mère et qui refuse systématiquement que le personnage de la maman meurt dans l’histoire, explique Catalina. Avec le temps, on apprend à les connaître ; doucement, ils nous révèlent leurs failles, leurs peurs. »

Une aventure à prolonger

Les enfants comptent sur l’énergie de Catalina pour faire exister leur film. Ce dernier sera du reste projeté dans le cadre de CinéVille à Melun en 2005 ; Catalina espère également qu’il sera présenté dans les festivals et lors de rencontres-débats à venir. Aujourd’hui, Catalina se concentre sur la réalisation de son propre documentaire sur le film et les enfants. Il montrera comment les douze enfants ont changé depuis le début de cet atelier. « La vision de leur pays est différente. Grâce à ce film, ils réussissent à apprécier leurs deux terres, celle d’origine et celle de l’exil, et ne sont plus coincés dans un choix manichéen entre la France et leur propre pays. Cela me parle personnellement ; c’est un trajet que chaque étranger est amené à faire. »

Contact : catavillar@wanadoo.fr

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