On dit les frontières physiques abattues, effacées en Europe. Et ce depuis les accords de Schengen appliqués en 1995. Mais, il est des frontières bien plus tenaces, bien plus perfides, liées aux activités économiques et humaines. Exemple volontairement ciblé : la frontière franco-italienne, près de la Côte d’Azur.

En villégiature dans cette région (natale) durant les vacances de Pâques dernières, je me suis rendu compte que le passage de Nice à Vintimille, ou plutôt de Menton à Vintimille, n’est pas aussi linéaire que cela.

Prenez les tunnels déjà, qui jalonnent la route perçant la roche côtière. Une unité européenne parfaite, et en tout cas bien rodée pour ces deux membres des origines, devrait nous donner des tunnels uniformes, gérés en commun. Et bien non ! A un moment donné de la route – et ça se passe en plein milieu de tunnel – la réalité française cède le pas à l’italienne. Brutalement, marqué par un trait droit, la peinture « beigeâtre » italienne laisse place à du béton brut côté français. Pas très jojo.

Quelle espèce de raison conduit chaque pays, régulièrement, à envoyer là-dessous deux équipes d’entretien différentes, repeignant ici les parois à leur manière, les nettoyant là à leur façon, etc. Plus simple encore : le changement de panneaux indicateurs (texte, langue et couleur différents) vous achève de saisir la culbute culturelle. Et parvenu au péage de Vintimille, ce n’est plus un policier en uniforme local, mais un jeune homme ou une jeune femme qui vous lance un mécanique « buongiorno » en vous réclamant votre droit de passage en euros. La matérialisation du passage d’un pays à un autre revêt donc, du moins du côté de Nice, cette double apparence : des tunnels peints différemment et un péage de compagnies autoroutières privées.

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