Pourquoi, aujourd’hui en France, doit on penser « commerce équitable » ? Pourquoi devrions nous payer notre café un peu plus cher, certes pas beaucoup plus cher, mais un peu plus cher quand même ! Pourquoi devrions nous nous intéresser à ces étrangers qui vivent (ou survivent) loin de nos yeux ?

En 1789, les révolutionnaires ont réagi à l’oppression despotique de la monarchie. Ils ont inscrit dans la Déclaration des Droits de l’Homme, qui fait aujourd’hui partie de notre bloc de constitutionnalité, la désobéissance civile, mais aussi la résistance à l’oppression. Cette déclaration en préambule de notre constitution est un outil de démocratie. Il est utilisé par le Conseil constitutionnel, notre garant démocratique.

Nous portons en France, ce riche passé révolutionnaire, cette façon de dire non. Nous le retrouvons pendant la seconde guerre mondiale avec la résistance. Mais aussi lors des innombrables conflits sociaux qui secouent notre pays : manifestations pour les sans papiers, pour le droit au logement, refus de voir le Front national au pouvoir, refus de la guerre en Irak…

Notre culture individualiste

Cependant, nous sommes aujourd’hui dans une logique de sphère privée, où tout individu accepte uniquement le rayonnement d’un cercle restreint d’autres individus. En dehors de ce cercle, c’est le vide, il n’existe rien ou presque. Or chaque homme et chaque femme est non seulement un citoyen de son pays, mais aussi du monde.

En 1948, les peuples s’enrichissent de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. L’universalité sans le colonialisme bien sûr. Sans imposer aux moins favorisés, les conceptions des plus favorisés. De ceux que le hasard a fait naître du bon coté de la planète.

Nous pourrions aussi penser « universalité » comme partage universel, comme citoyen d’un monde solidaire. Ne pas seulement partager des grands principes, mais œuvrer au quotidien pour promouvoir des initiatives économiques dans les pays où ces droits n’existent pas, ou ne sont pas respectés. Car le corollaire de l’absence de ces droits est l’indignité des êtres humains.

Or, dans son article 23, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme précise, « quiconque travaille a droit à une rémunération équitable en lui assurant ainsi qu’à sa famille une existence conforme à la dignité humaine ». Par le commerce équitable, nous démontrons aux pays du sud, que le colonialisme n’est plus notre paradigme, et que nous avons tiré les leçons de notre suffisance. Nous pouvons donner plus de dignité aux habitants du sud, en respectant leur propre choix de méthodes agricoles, et leurs propres croyances.

Cela, nous pouvons le faire, simplement, en achetant les produits issus du commerce équitable. Ainsi, le petit producteur qui souhaite être autonome, car c’est sa seule possibilité de survie, perçoit pour ses produits presque le triple de ce que lui offre les grandes firmes industrielles.

Pour quelques centimes de plus

Modifions donc ce petit geste hebdomadaire et habituel que nous faisons tous, lorsque nous choisissons notre café dans notre supermarché. Aujourd’hui, réveillons notre conscience révolutionnaire et allumons notre regard de la fierté d’aider, sortons de notre individualisme « carcéral ». Utilisons nos quelques centimes hebdomadaires pour marquer notre désaccord face à cette injuste économie qui inscrit l’accumulation de richesse comme objectif, en oubliant notre seule vrai richesse : l’homme.

Faire la révolution non pas dans la haine, la violence et le stress, mais sereinement dans nos habitudes hebdomadaires. Pour cela, tournons, levons ou baissons un peu les yeux pour découvrir dans notre supermarché un café équitable qui permet à des familles entières de vivre dignement.

Ainsi, notre conscience sera un peu soulagée d’avoir agi. Le résultat obtenu est inversement proportionnel à l’investissement que nous y avons mis. Tentons régulièrement ce geste, découvrons les autres produits du commerce équitable comme le cacao, les bananes, etc. Ce simple geste se transformera alors en une habitude. Et nous investirons nos droits civils par le truchement de l’économie.

Solidaire au-delà des quelques centimes de plus

Agir ainsi permettra aussi de ne pas pousser les misérables à la révolte civile, qui ne pourrait être que sanglante. Cette révolution douce sera, pour eux, un signe de solidarité et d’encouragement. Ainsi, là bas, les enfants pourront accéder à la santé, aller à l’école, étudier pour créer une économie plus juste et œuvrer pour un meilleur partage des richesses de la planète. Il y a urgence, car les grands de ce monde sont préoccupés par la révolte potentielle qui couve. Ne laissons pas ces misérables se faire massacrer. Agissons de loin pour leur sécurité et leur dignité. Ne laissons pas la mondialisation économique devenir la mondialisation de la pauvreté. Désobéissance civile, non pas contre la loi officielle, mais contre celle du plus fort.

Car il s’agit bien refuser l’endoctrinement publicitaire des grandes firmes qui nous apprennent avec conscience à acheter leurs produits pour les enrichir. Maintenant, que c’est chose faite, pensons aux minorités misérables. Napoléon craignait l’opinion publique, il la qualifiait de « puissance invisible, mystérieuse, à laquelle rien ne résiste… ». Et il ajoutait : « elle est cependant vraie, raisonnable, juste, beaucoup plus souvent qu’on ne pense ». Quelques deux siècles plus tard, confirmons ses propos.

Procéder à une distribution de dignité pour ces lointains inconnus de l’autre hémisphère, mais aussi pour nous-mêmes. Retrouvons notre dignité, celle d’appartenir au genre humain, capable de solidarité internationale. Mettons des actes derrière les mots du fronton de notre République – « liberté, égalité, fraternité » – et universalisons ce principe comme le souhaitait René Cassin à qui nous devons d’avoir ajouté « universelle » à la Déclaration des Droits de l’Homme de 1948.

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