Des personnes sans points communs apparents se retrouvent dans la rue pour participer ensemble à des actions spontanées. Aucune version officielle et aucun réel porte-parole ne sont associés à ces rencontres d’un nouveau genre. Une nouvelle forme de mobilisation est-elle sur le point de naître ?

Paris, 20 décembre 2003, 18h. 300 personnes envahissent la gare Saint-Lazare, à Paris, dans un mouvement d’ensemble parfaitement scénarisé. Un vacarme de mots s’installe. « Explosif », « schtroumpf », « onomatopée »… Quelle folie gagne tout à coup Saint-Lazare ? C’est la 5ème « flashmob » parisienne baptisée « Y’a pas d’lazard ! ». De la même façon que les précédentes, elle se définit comme une manifestation permettant de rassembler une foule d’individus ne se connaissant pas, pour y perpétrer ensemble quelques actions insignifiantes mais coordonnées et se disperser aussitôt.

Ces flashmobs s’organisent sur Internet. Les internautes, inscrits sur un site, sont alertés par mail à peine quelques heures avant la mobilisation. Un lieu de rendez-vous est fixé ; les participants y reçoivent des instructions très précises sur un bout de papier. Chacun suit à la seconde et au millimètre les instructions qui lui a été remises.

En l’occurrence, à Saint-Lazare, à 18h00 exactement, après s’être rassemblé en plein milieu de la gare, chaque participant crie le mot écrit sur son papier. Objectif : retrouver son jumeau. Un quart d’heure plus tard, la manifestation s’arrête. Les participants se dispersent.

Quelles motivations animent ces manifestants d’un nouveau genre ? Réponses diverses : « la curiosité d’un mouvement dont j’ai entendu parlé et qui prend de l’importance », « participer à une action collective qui n’est récupérée par aucun mouvement, parti politique ou organisation », « rencontrer du monde », « m’amuser »… Le fait est que ça marche ! 2003 a, ainsi, vu germer ce type de manifestations spontanées un peu partout dans le monde (New York, Londres, Milan, Rome…) et en France (Paris, Lyon, Bordeaux).

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Le Grand don

Samedi 10 janvier, de 15h à 19h, le Pont Marie, à Paris, accueille « le Grand don », entre l’île Saint-Louis et les quais de la rive droite. Des inconnus interpellent des passants et leur proposent de prendre un objet disposé sur le rebord du pont. Avertis à l’avance, les donneurs ont réuni des objets qu’ils souhaitent offrir (livres, disques, vêtements, bibelots, bijoux, jeux…), avec pour seule condition qu’ils puissent être transportés sans encombre par des personnes circulant à pied. Il ne s’agit ni d’une brocante ni d’un troc.

Les réactions des passants sont diverses, entre incrédulité, doutes, rires et agressivité : « C’est un don… gratuit ? », « c’est pour qui, quelle association ? », « et qu’est-ce que vous demandez en échange ? ». Il y a ceux qui n’osent pas, ceux qui s’empressent de se saisir d’un objet gratuit – « puisque c’est gratuit, je prends ! » -, ceux qui prennent l’objet le moins cher, ceux qui prennent le plus cher… Parce que dans don, il y a aussi valeur, et donc prix.

C’est le 5e Grand don organisé. Pour la petite histoire, le concept a été initié dans l’élan d’un déménagement. Au lieu de jeter des objets, les copains transformés en déménageurs pour la journée les ont distribués aux passants. Le succès inattendu de cette distribution surprise les a conduit à renouveler l’expérience… sans déménagement. Un site a même été créé pour multiplier le nombre de donneurs.

La récupération de telles actions collectives n’est pas difficile à imaginer. Des limites pourraient être rapidement atteintes. Car, l’intérêt de ces manifestations réside en grande partie dans l’effet de surprise ainsi créé. Reste, pour le moment, elles ont le mérite d’interroger le sens que chacun peut mettre derrière chaque chose, la notion d’œuvre ou de construction collective, la perte ou la transformation de certaines valeurs dans nos sociétés.

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Sites :

Paris mobs

Le Grand don

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