Depuis bientôt 20 ans, « Solidarités Nouvelles face au Chômage » (SNC) lutte avec force et obstination contre l’exclusion et le chômage. Gros plan sur une association qui a développé des approches originales, conjuguant action et réflexion.
(Lire aussi Tranche de vie d’un ancien galérien)

logo.gif Nicole est ethnologue en retraite, Emmanuel travaille dans une société d’édition de logiciels, Bénédicte a connu l’âpreté du chômage, Claire travaille à l’UCPA (Union nationale des Centres Sportifs de Plein Air)… Ils sont une douzaine, de tous âges, réunis en ce soir d’octobre 2003 à Paris pour parler des chômeurs qu’ils accompagnent. Rencontre charitable ? La réunion du groupe « solidaire » SNC ne ressemble en rien à cela… On y évoque avec réalisme et tendresse les difficultés matérielles et morales de ceux qui affrontent le chômage et les solutions à trouver.

On cherche, par exemple, un emploi pour Gilles, 33 ans, ancien gestionnaire de centres culturels, au chômage depuis deux ans, et qui est sur le point de plonger. Des appels téléphoniques quotidiens l’aident à traverser cette mauvaise passe. On parle de Jean-Marie, 55 ans, qui s’estime bon à rien et auquel SNC a trouvé une formation AFPA (Association Nationale pour la Formation Professionnelle des Adultes) en bureautique. On évoque Pascal, 41 ans, Clément, 28 ans, ou Slavica, 30 ans, qui cumulent chômage et difficultés personnelles. Le chômage fragilise, plonge dans la solitude,
dresse des barrières entre le monde de ceux qui « ont » du travail, de l’argent…et celui des exclus. Les accompagnants de SNC tentent de briser ces barrières…

Méthode originale

C’est en 1985 que Jean-Baptiste de Foucauld, inspecteur général des finances, fonde avec quelques amis « Solidarités Nouvelles face au chômage », une association de lutte contre le chômage et l’exclusion. L’idée force est de promouvoir une méthode originale d’accompagnement des demandeurs d’emploi.

80 groupes locaux « solidaires », maillons de base de l’association, existent dans toute la France. Composés de 5 à 15 personnes, ces groupes se réunissent chaque mois pour faire le point sur la situation des demandeurs d’emploi
qu’ils accompagnent, s’interrogent sur leurs démarches, partagent leurs difficultés.

Intervenant toujours à deux, les accompagnateurs construisent pas à pas avec les « accompagnés » une relation de confiance, les aident à retisser des liens sociaux et à retrouver un emploi. Tout souci de rentabilité immédiate est banni. Ceux qui frappent à la porte de SNC viennent par l’intermédiaire d’un ami, de la famille, d’un centre social, d’une association, d’une permanence SNC… Le plus souvent après bien des errements et, parfois, écrasés par un sentiment d’impuissance. Alors que le temps n’est pas compté même s’il peut être nécessaire de « mettre la pression » pour aider l’autre à retrouver sa place dans la société.

Si l’écoute est essentielle, elle ne suffit pas : SNC a choisi d’être également créateur d’emploi temporaire. Soucieuse à la fois de contribuer au développement associatif et de remettre sans tarder un chômeur en situation d’emploi, l’association finance directement des emplois dits de développement grâce aux contributions de ses membres et de ses donateurs. Ces emplois sont créés dans des associations ou des organisations sans but lucratif. SNC prend partiellement ou totalement en charge le coût salarial du poste de travail dans la limite du SMIC, charges sociales comprises. Le contrat de travail est conclu entre la structure utilisatrice et la personne accompagnée pour une durée déterminée (14 mois au maximum) à temps plein ou partiel, SNC s’engageant à poursuivre son accompagnement pendant tout le temps du contrat.

Vraie planche de salut pour certains, ces emplois permettent aux chômeurs de se requalifier professionnellement, de retrouver confiance en eux et leur donnent parfois la chance de retrouver un emploi durable. Beaucoup le disent : sans le coup de pouce de SNC, ils ne sortiraient jamais la tête hors de l ‘eau.

Un bon bilan

Le bilan affiché par SNC témoigne de son efficacité. Depuis sa création, il y a 20 ans, l’association a accompagné plus de 10 000 personnes vers l’emploi et a financé plus de 1000 contrats de travail en partenariat avec 300 autres associations.

Réussite mais également cruel rappel d’une société où le nombre des laissés pour compte ne cesse de croître. Jessica Holc, déléguée de l’association, lance un SOS : « si avec quelques amis, vous avez envie de créer un groupe, n’hésitez pas : les demandes d’accompagnement augmentent sans cesse et nous ne savons comment y faire face… ».

Certes, la bonne volonté ne suffit pas : l’association assure des formations facultatives à tous ceux qui sont disposés à partager leur temps et leur revenu avec les chômeurs. Une manière d’affirmer que le chômage et l’exclusion ne sont pas qu’affaire de spécialistes mais nous concernent tous.

Contact :

SNC : 2 , cité Bergère, 75009 Paris

Tél. : 01 42 47 13 41

Mail : snc@snc.asso.fr

Site : www.snc.asso.fr

La traversée de Jeannine Koné
jeanine.jpg « On a plusieurs vies » dit aujourd’hui avec sérénité Jeannine Koné. Pour cette Ivoirienne de 49 ans, il y a d’abord eu l’enfance heureuse et la vie facile et chaleureuse en Afrique, un métier d’enseignante puis de censeur dans un collège. Puis ce fut la France, le désespoir, la solitude, l’infinie tristesse. Et aujourd’hui, le retour à la vie, l’inscription à nouveau dans la société…

Août 1999 : Jeannine vient rejoindre son mari en France avec ses trois enfants. « Habitée par une vraie nostalgie », elle tente de s’adapter au mieux à sa nouvelle vie, installe l’appartement, arrange la vie des enfants. Ceci fait, elle s’acharne à trouver un travail d’abord pour des raisons financières puis pour retrouver sa « vraie place de femme dans la société ». Et là commence la galère : de l’ANPE à la Maison de l’emploi, Jeannine demande désespérément un emploi. Rien, sinon cette indication que « des personnes peuvent l’aider ».

C’est alors que Jeannine rencontre pour la première fois des accompagnateurs de SNC. Elle s’effondre complètement. Devant son désarroi et son désir impératif de trouver un travail, les membres de SNC lui proposent de faire des ménages. « Jamais », se dit Jeannine. Puis l’idée la taraude toute la nuit : non aux ménages, mais pourquoi pas du repassage ou de la couture ? Au contact des tissus, elle retrouverait un peu de son histoire, celle d’une famille ivoirienne bien connue dans le commerce des vêtements. Elle commence à faire du repassage et du raccommodage puis tombe malade et passe une partie de sa convalescence chez un de ses accompagnateurs. De retour, soutenue par des rencontres régulières et des appels téléphoniques de SNC, elle recommence ses recherches et envoie CV et lettres de motivation.

Grâce aux accompagnateurs, Jeannine trouve un remplacement de huit mois au FIT (Foyer International des jeunes Travailleuses) où elle s’occupe de l’administration et du secrétariat. Elle peut ensuite s’inscrire à l’ANPE et bénéficier d’une formation en bureautique. Avant même la fin de la formation, on lui propose un nouveau remplacement à l’accueil et au secrétariat de l’association 3A (aide-ménagère, auxiliaire de vie).

Dans les mêmes locaux se trouve l’association ESSOR, spécialisée dans l’insertion et la réinsertion : ils ont apprécié le dynamisme et le travail de Jeannine. Le 20 octobre, elle signe avec cette association un contrat à durée indéterminée. Elle est chargée du secrétariat, aide la conseillère en réinsertion et donne un coup de main à la comptabilité. Une victoire ! « Sans SNC, je n’aurais jamais repris le dessus. Je ne crois pas à l’ANPE si on ne vous donne pas un coup de pouce, dit-elle avec certitude. Quand les accompagnateurs appelaient à la maison les enfants étaient rassurés parce qu’ils se disaient « maman va trouver un travail, et moi je savais qu’ils allaient m’aider ».

Alors aujourd’hui, Jeannine a envie d’oublier toute cette galère, cette tristesse, même si elle reste marquée à jamais. « J’adore m’habiller et je vais à nouveau pouvoir entrer dans un magasin », se réjouit-elle. Et puis, il y a ce rêve si longtemps caressé qui cet été deviendra réalité : elle retournera en Côte d’Ivoire retrouver la chaleur d’un pays, d’une famille et d’amis qu’elle aime profondément.
Pourquoi se sont-ils engagés à SNC ?
Bénédicte, ancienne accompagnée, depuis quelques mois à SNC :

« j’ai beaucoup connu le chômage dans ma vie et je me suis souvent sentie très seule. Il y a trois ans, j’ai été accompagnée par un groupe et c’est la manière de fonctionner qui m’a beaucoup intéressé : j’ai beaucoup aimé cette idée d’accompagement humain et matériel »

Jacques, consultant retraité, depuis 3 ans à SNC :

« j’ai eu le sentiment que mes compétences me permettaient d’être plus utile là plutôt que de distribuer la soupe pour les « Restos du cœur » ou d’être à la Croix rouge. Je trouve beaucoup de choses à SNC : l’éthique me convient et mes
compétences me permettent d’être de quelque utilité à l’échelon du groupe. De plus, j’adhère complètement aux idées développées par Jean-Baptiste de Foucauld dans ses livres, dont le dernier « Trois cultures du développement humain : résistance, régulation, utopie » ».

Etienne, cadre dans une banque, depuis 6 ans à SNC :

« je crois qu’il y a une utilité sociale, en dehors de tout parti pris politique, idéologique ou religieux à s’engager dans le champ social et associatif. J’éprouve un vrai plaisir à rencontrer des gens d’horizons divers, à partager des vécus, des difficultés ou des renouveaux. Ce travail concret de proximité allie les dimensions d’écoute et d’action avec les accompagnés ; j’apprécie aussi le cadre collectif et solidaire ».

Nicolas, maître de conférence à Jussieu, et tout juste entré à SNC :

« j’ai eu envie de faire quelque chose dans la société et pour la société. La lecture du livre de Jean-Baptiste de Foucauld (voir plus haut) et la consultation du site de l’association m’ont donné le désir d’aller plus loin avec SNC ».

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