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Des associations de 7 villes de l’agglomération du Val de Bièvre (Val-de-Marne) ont rassemblé leurs forces pour organiser le 11 octobre dernier un Forum social local… Rencontre préparatoire au prochain Forum social européen (FSE).

public.jpg C’est sous un chapiteau de toutes les couleurs que le premier Forum social local du Val de Bièvre s’est tenu le 11 octobre dernier… Organisée par des associations de 7 villes de l’agglomération du Val de Bièvre (1), la manifestation se définit comme  » un lieu d’éducation populaire où la population peut se préparer à aller au FSE (2), notamment en se familiarisant avec les sujets qui y seront débattus « , comme l’explique Chantal Richard, militante « cumularde » à Attac (3), la Ligue des droits de l’homme, JE 2000 (association qui récupère et redistribue des ordinateurs) et élue au conseil municipal de l’Hay-les-Roses sur la liste « Citoyen à l’Hay »…

C’est elle qui a eu l’idée de monter cette opération en se rendant à une réunion à Créteil sur le FSE. Avec 25 autres personnes, elle a pris son bâton de pèlerin pour convaincre les associations citoyennes et caritatives ainsi que les syndicats des 7 villes concernées de participer à l’aventure. Au final, 30 associations ont répondu présents.

Annie Quentin, directrice de la compagnie Théâtre en mouvement, membre du comité d’organisation, commente :  » Il n’y a pas eu de guerre de pouvoir entre les différentes structures, comme j’ai pu le constater dans d’autres FSL, notamment ceux organisés sur une seule ville. Ici, les gens ont eu envie que ça se fasse et ont donné de l’énergie dans ce sens « .

Résultat : certaines associations tiennent un stand à l’entrée ou à l’intérieur du chapiteau, chacune apportant son savoir-faire selon son activité et son réseau. Ainsi, Benkadi France, association de solidarité franco-malienne, a préparé pour l’heure du déjeuner des plats africains dont la vente permettra de financer une partie de ses activités.

Un autre stand propose des produits du commerce équitable et notamment du café, bon moyen d’attirer la foule sur les coups de 14h. Un des participants au FSL affirme :  » Je trouve qu’en dix ans il y a eu des avancées. Le commerce équitable en est la preuve. C’est un choix positif que l’on nous propose : on peut en acheter, en faire acheter ; c’est, par ailleurs, de plus en plus distribué dans les grandes surfaces. Cela ouvre des perspectives plus intéressantes que le simple fait d’acheter ou pas des Nike « .

À l’Attac !

À l’intérieur du chapiteau, une dizaine d’associations organisatrices présentent leurs activités : JE 2000, Hera Donong (association de solidarité en faveur du développement), Entente citoyenne (qui lutte pour la participation du citoyen à la vie locale sur l’agglomération du Val de Bièvre), Les Amis du monde diplomatique, Attac Val-de-Marne (4), etc.

Comme dans la plupart des Forums sociaux locaux (au nombre d’une centaine aujourd’hui), Attac s’est particulièrement impliquée dans l’organisation de ce FSL. L’association a notamment fourni les intervenants du jour – en l’occurrence Gus Massiah, Pierre Tartakowsky et Louis Weber, tous trois membres d’Attac – aux différents débats organisés durant la journée (Rapports Nord/Sud, Racisme et discrimination, Education).

Mais, plus encore, la présence d’Attac – tout comme celle, d’ailleurs, de la section intercommunale de la Ligue des droits de l’homme – au sein du comité d’organisation donne un sens à la manifestation, signe que celle-ci s’inscrit dans une démarche plus globale. Du reste, le FSL du Val de Bièvre a rédigé sa charte en s’inspirant de celle du Forum social mondial.

Celle-ci entérine un certain nombre de principes dont l’absence de partis politiques au sein des Forums sociaux (celui du Val de Bièvre a ainsi été financé par une subvention de l’agglomération et du Conseil général, rien n’a été demandé aux mairies par peur de la récupération), l’ouverture à tous les mouvements émanant de la société civile, etc.

 » Les FSL ne sont pas labellisés mais ceux qui les organisent doivent se réclamer d’un certain nombre de principes. Les Forums ne sont pas des nouvelles formes d’organisation, ce sont des moments au cours desquels a lieu une véritable confrontation sur ce que l’on fait ensemble. Cela sert de relais dans les deux sens… « , expose Gus Massiah, président du CRID (Centre de recherche et d’information pour le développement) et vice-président d’Attac. Et confrontation il y a eu, de fait… Entre le local et le global, mais aussi entre des visions différentes de la démarche militante.

Du théâtre-forum

Pour introduire chaque débat, le comité d’organisation a fait appel à Théâtre en mouvement, une compagnie de théâtre-forum (5).  » Grâce au théâtre, nous amenons, sur les grands thèmes abordés, des situations du quotidien. Notre objectif : toucher les citoyens que l’on ne touche pas habituellement en les faisant s’interroger sur les enjeux sociaux via le quotidien « , explique Annie Quentin.

Opération réussie dès la première scène, qui introduit le débat sur les rapports Nord/Sud. Une mère de famille, en difficulté financière, est contrainte d’acheter des Nike à son fils qui passe pour une « merde » dans son lycée car il n’a pas les dernières chaussures à la mode. Quel discours tenir à ce fils ? Lui acheter ou pas ses Nike ? Telles sont quelques-unes des questions posées par les comédiens.

Les comédiens de la compagnie de théâtre Forum

Certains participants au FSL montent sur scène : l’un tente d’expliquer le mode de fabrication de ces chaussures et les raisons pour lesquelles il faut boycotter la marque ; une autre propose au fils de gagner de l’argent pour se les acheter ; une autre, enfin, l’invite à venir avec elle au FSL pour bien comprendre les enjeux qui se cachent derrière une paire de chaussures Nike…

Le débat est lancé et Gus Massiah, non sans saluer la perspicacité de l’approche théâtrale du sujet, théorise, de façon fort pédagogique, sur les grands enjeux politiques et économiques des rapports Nord/Sud. Entre le quotidien et les discours théoriques des « stars » de l’alter-mondialisation, le fossé serait-il sur le point de se creuser ?

C’est, en tout cas, le point de vue que semble défendre l’un des participants qui interpelle les intervenants sur la difficulté à agir dans sa ville, avec ses voisins et s’interroge :  » Les rapports Nord/Sud sont dans mes escaliers. Que fait-on concrètement demain, ici ?  »  » S’impliquer dans des mouvements collectifs qui donnent des perspectives telles qu’Attac. Cela permet de sortir de son isolement, de découvrir des pratiques hors de soi « , rétorque Gus Massiah dont le discours a, en revanche, séduit Janine qui vient le féliciter pour sa prestation.

Ancienne militante politique, déçue par son parti, elle confie :  » La lecture des journaux ne me suffisait plus. Maintenant, les enjeux sont plus clairs pour moi. De plus, je sens le mouvement altermondialiste très ouvert, très en recherche : ses représentants ne sont pas venus pour asséner des vérités « .

 » C’est tout petit… « 

Le FSL du Val-de-Bièvre a réussi à drainer, le temps d’une belle journée d’automne, plusieurs centaines de personnes. Dans le public, les cheveux blancs dominent… Comme dans tous les Forums sociaux, la plupart des participants sont venus reprendre des forces avant de retourner à leur combat quotidien, qui dans un comité de quartier, qui dans une association… Peu de non-militants ont fait le déplacement, constate Chantal Richard à la mi-journée.

Et pourtant, toucher des personnes non convaincues, loin des préoccupations sociales, et notamment des jeunes, était bien l’un des objectifs que s’était fixés le comité d’organisation.  » Il faut multiplier les forces et alimenter le mouvement afin qu’il se renouvelle « , affirme Chantal Richard. Ce ne sera pas chose facile, mais le comité d’organisation ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

Avec l’apport du plus grand nombre, il espère bien remettre ça l’année prochaine… avec quelques arguments.  » La communauté d’agglomération n’avait pas de consistance pour les habitants ; aujourd’hui, ce n’est plus seulement une communauté juridique, elle commence à avoir de la chair, se réjouit Anne Buyck d’Entente citoyenne. Nous nous rapprochons et œuvrons ensemble. Je suis déjà contente que tant d’associations aient été partie prenante de l’opération et que nous ayons réussi à organiser un FSL qui soit aussi une fête de famille.  »

Ici et là, des participants s’arrêtent aux stands, écoutent de la musique, boivent du café équitable, et refont le monde pendant que leurs bambins s’adonnent aux joies du cirque grâce à des ateliers mis en place par les locataires du lieu : le cirque des Dalton.  » C’est tout petit, mais ça a le mérite d’exister… Maintenant, il faut que ça fasse des petits « , conclut Annie Quentin.

Contact :

Théâtre en mouvement (TEM) : 06 14 80 32 61

(1) Arcueil, L’Hay-les-Roses, Cachan, Gentilly, Fresnes, Villejuif et le Kremlin-Bicêtre.

(2) Le FSE se tiendra du 12 au 15 novembre à Paris, Saint-Denis, Ivry-sur-Seine et Bobigny. Site : www.fse-esf.org

(3) Association pour une Taxation des Transactions financières pour l’Aide au Citoyen

(4) Voir liste complète sur le site du FSL : http://www.forum-valdebievre.ras.eu.org/

(5) Après avoir visionné une scène, les spectateurs sont invités à prendre la place de l’un des personnages et à proposer leur propre solution au problème posé.

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Au sujet de Anne Dhoquois

Anne Dhoquois est journaliste indépendante, spécialisée dans les sujets "société". Elle travaille aussi bien en presse magazine que dans le domaine de l'édition (elle est l'auteur de plusieurs livres sur la banlieue, l'emploi des jeunes, la démocratie participative). Elle fut rédactrice en chef du site Internet Place Publique durant onze ans et assure aujourd'hui la coordination éditoriale de la plateforme web Banlieues Créatives.

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