Ils sont originaires d’Afrique noire et proches du Parti socialiste. Pour faire entendre leur voix en même temps que leurs revendications, ils ont créé un club de réflexion. Leur objectif : faire en sorte que les citoyens d’origine non communautaire (1) s’impliquent dans la vie socio-politique de notre pays. Débat.

koko.jpg Officiellement club de réflexion, Enjeux socialistes et républicains n’est autre qu’un lobby créé par des cadres et sympathisants du Parti socialiste pour permettre aux citoyens d’origine non communautaire de s’impliquer dans la vie politique. À l’origine de cette association, un constat : si la France est multicolore, les institutions et partis, eux, ne le sont pas… Et quand on se prétend être un parti humaniste comme le PS, ça la fout mal !

Ainsi, Gaspard-Hubert B. Lonsi Koko, président du club, n’y va pas par quatre chemins :  » Il faut que le PS réalise que l’électorat noir ou beur ne lui est pas forcément acquis. Il faut qu’il le mérite. Pour ce faire, les symboles ont leur importance comme celui de donner le droit de vote aux immigrés non communautaires, qui payent des impôts, pour les élections locales.  » Oui, mais voilà, de symbole, il n’y en eut point…

Quant à celui de nommer une femme issue de l’immigration à une fonction ministérielle – Tokia Saïfi, secrétaire d’Etat au Développement durable, est membre du gouvernement Raffarin -, c’est la droite qui en a eu l’idée la première… On dit la gauche un peu vexée d’avoir loupé le coche…

Communautarisme : attention danger ?

Du coup, c’est un sentiment de ras-le-bol et d’injustice qui a poussé des militants du PS d’origine africaine – ils sont une centaine aujourd’hui à être actifs au sein du club – à se faire entendre… Surtout que ces derniers se font une haute idée de ce parti.  » La politique, c’est un rapport de force. En tant que rose noire, il faut tout faire pour que le socialisme soit à l’image de sa variété… Il n’y a qu’à voir le nombre de couleurs de roses qui existent… Or, aujourd’hui, on ne vient nous voir que pour les élections, et entre les paroles et les actes, il y a un monde… C’est donc un message que nous lançons au PS.  »

Ce dernier n’a donc qu’à bien se tenir. Pour rétorquer, pourtant, le parti ne se fait pas trop bavard. À demi-mot, on accuse M. Koko de poursuivre un but bassement politicard, référence à la lutte qui l’a opposé à Anne Hidalgo, aujourd’hui première adjointe à la mairie de Paris, dans la section du 15è arrondissement de Paris. M. Koko en est aujourd’hui l’heureux secrétaire et  » le seul noir à détenir un tel poste dans la capitale « , précise-t-il. Difficile de trancher sur ces questions de rivalités territoriales. Reste que le PS dans son ensemble n’est pas exempt de tactiques politicardes : ces dernières ne seraient donc à dénoncer que pour une certaine catégorie de la population ? C’est ce qu’on appelle de la discrimination…

Autre reproche prodigué à son endroit : l’excès de communautarisme… Certes, le club n’est aujourd’hui ouvert qu’aux immigrés d’origine non communautaire ; et, de fait, il est aujourd’hui 100 % noir. Mais, assure son président, il s’ouvrira petit à petit. Celui-ci est attaché, du reste, au concept d’une République une et indivisible :  » Nous militons pour une France plurielle dans une République indivisible « , affirme-t-il non sans souhaiter, à terme, la disparition de son Club, signe que le problème posé ne serait qu’un vieux souvenir. Car, se défend M. Koko,  » nous sommes anti-communautaristes dans le fond. Nous voulons simplement nous intégrer « . Oui, mais comment ? Telle est la question et peu de personnes, à part les premiers intéressés, semblent enclins à vouloir y répondre…

La fin justifie-t-elle les moyens ?

Une telle initiative suscite, il est vrai, un certain nombre d’interrogations. La création du club Enjeux socialistes et républicains serait-elle une mauvaise réponse à une bonne question ? Ou, au contraire, les moyens sont-ils justifiés par la fin (quitte à défendre également des ambitions personnelles) : une meilleure représentativité des différentes composantes de la société française et son corollaire, un renouvellement de la classe politique ?

Le débat est lancé. En leur temps, les militantes du Mouvement de libération des femmes (MLF) ont refusé les hommes en leur sein. Certes, leur importance dans la société, associée à leur totale absence du champ public, ne situait pas leur combat au même niveau. Catherine, une ancienne militante, précise :  » Il nous était difficile de prendre la parole en présence d’hommes qui avaient tendance à la monopoliser. Nous ressentions le besoin d’échanger, entre nous, sur des problèmes d’ordre privé ou politique, problèmes qui n’intéressaient pas les mecs.  »

Face à l’initiative de M. Koko et de ses acolytes, cette dernière s’interroge :  » C’est peut-être une étape obligée pour faire entendre sa voix et sortir de l’invisibilité, même si je pense que le problème posé par ce type d’initiative dépasse l’enjeu racial ou sexiste. De fait, aujourd’hui, le partage des tâches et de la parole n’existe pas. Le pouvoir, au PS comme ailleurs, est accaparé par quelques personnes.  »

Gaspard-Hubert B. Lonsi Koko ne lui donne pas tort :  » Je milite pour qu’il y ait une justice sociale dans ce pays et que le clientélisme laisse la place aux compétences.  »

Pour Saïd Mchangama, président d’une association franco-comorienne et fin connaisseur des arcanes du PS,  » il était temps que ce type de problème soit posé « . À ses yeux, ce qui est en jeu dans cette question,  » c’est une élite, au sens bourgeois du terme, qui perçoit sa chute et tente de préserver son pré-carré. Les dirigeants du PS, issus de cette élite, développent une sorte de crispation de survie et tentent de limiter les dégâts, quitte à ne faire preuve d’aucune ouverture et d’aucune générosité. Ils ont tort car, à terme, l’intégration est une nécessité pour régénérer la société. Les communautés sont ainsi porteuses de valeurs qui renouvellent notre modèle républicain. Il faut que la France puise dans cette diversité et dans ses talents.  »

Un discours bien rôdé

Pour mener à bien leur projet, les membres du club Enjeux socialistes et républicains comptent bien profiter de cette année préélectorale pour faire entendre leur voix. Une réunion avec les têtes de liste aux régionales sera bientôt programmée.

Bien décidés à peser sur le débat public, ils sont également prêts à faire face à leurs détracteurs. Le discours, lui, est déjà bien rôdé :  » Nous ne voulons plus vivre aux crochets de la société. Nous voulons que chacun soit en mesure d’exercer des responsabilités et de gérer la chose publique. Nous voulons notre autonomie. Faire pour nous, sans nous, c’est faire contre nous… Et dire tout cela ne fait pas de nous des petits immigrés carriéristes.  » Et de conclure :  » La main qui demande tend vers le bas ; celle qui reçoit est toujours en haut « .

(1) C’est-à-dire non-originaires de l’un des quinze pays membres de l’Union européenne.

Site : www.enjeux-socialistes.org

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Au sujet de Anne Dhoquois

Anne Dhoquois est journaliste indépendante, spécialisée dans les sujets "société". Elle travaille aussi bien en presse magazine que dans le domaine de l'édition (elle est l'auteur de plusieurs livres sur la banlieue, l'emploi des jeunes, la démocratie participative). Elle fut rédactrice en chef du site Internet Place Publique durant onze ans et assure aujourd'hui la coordination éditoriale de la plateforme web Banlieues Créatives.

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