L’expérience frontalière et la pratique récente de l’euro pousse à comparer les salaires.

Dans certains secteurs, la comparaison est blessante pour les salariés français Avec la pratique effective de l’euro, depuis le 1er janvier 2002, comparer les salaires est la première idée qui vient à l’esprit des Européens, presqu’en même temps que la comparaison des tarifs automobile. Un réflexe que prennent les employés mais également les DRH des grands groupes qui ne cachent pas leur autre préoccupation: comment bénéficier d’une vraie photographie de la rémunération dans les pays de la zone euro pour mieux recruter et assurer une mobilité des compétences ?

Pas facile de comparer. Rien de plus rébarbatif qu’une feuille de paie ! Elle inclut une part fixe et souvent une part variable. Cette dernière ressemble parfois à un tir au pigeon d’argile. Il n’est pas simple d’ajuster son tir quand tout bouge. Une difficulté que n’élude pas Sofia Kittani, consultant chez Hewitt Associates. Le service Etudes a mis au point une méthodologie fournissant une bonne base de travail pour obtenir une comparaison pertinente des salaires.  » Aussi perfectionnée soit-elle, il faut aussi prendre en considération les facteurs macro-économiques comme la structure des marchés dont certains sont plus bas que d’autres, reconnaît la consultante. Mais également la politique salariale maison des entreprises visées. L’analyse doit tenir compte du groupe dans lequel on souhaite avoir un plan de carrière. Il convient en outre d’intégrer les taux d’imposition, les contributions sociales et les aides accordées par l’état « . Pour bien faire, il faudrait tenir compte de tous les détails; le nombre d’heures travaillées, le montant des cotisations employeur, le montant des déductions (mutuelle, tickets resto), les congés payés.  » Sans oublier la productivité, l’inflation, et les critères tels que la croissance, la compétitivité, le taux de chômage « , souligne-t-on à l’Observatoire social européen.

L’exercice de la comparaison aussi complexe soit-il n’est pas nouveau. Environ 550 000 travailleurs frontaliers font chaque jour l’expérience de l’Europe des salaires. Patrick Picandet, chargé de mission au service Europe de la CFTC Bâtiment Mat-TP, basé à Longwy, en sait quelque chose. Il a récemment publié un Rapport détonnant qui fait état du retard des salaires français dans la bâtiment, comparé aux pays voisins (*1). Selon l’étude, il vaut mieux être belge que français. La réalité du salaire conventionnel d’un ouvrier non qualifié du bâtiment de niveau I (manoeuvre ou ouvrier d’éxécution) est sans pitié pour l’hexagone. Le salaire net après prélèvement des charges se répartit de la manière suivante : 22 334 euros pour un Belge, 12 196 euro pour un Italien, 10 933 euros pour un Espagnol, 10 117 euros pour un Français. Pareil pour un ouvrier chef d’équipe/contremaître, le français est bon dernier avec 13 837 euros contre 30 815 euros pour un belge.  » Qu’on m’explique comment se fait-il qu’avec des charges patronales plus importantes que chez nous, les salaires belges soient le double du notre, demande Patrick Picandet. »

Selon l’étude, il faut être au niveau de rémunération d’un chef d’équipe pour pouvoir assumer le budget de dépenses d’une famille avec deux enfants.  » Chez nos voisins, le salaire d’un pousseur de brouettes suffit, note le syndicaliste. Même en Espagne et en Italie les salaires progressent. Quand ils sont entrés dans la communauté européenne, tout le monde s’inquiétait en disant qu’ils allaient faire baisser le salaire. Aujourd’hui, ils nous ont rattrapé ». Du coup les jeunes ouvriers qualifiés de la région, préfèrent aller au Luxembourg ou en Belgique ou carrément changé de métier. Une situation que Patrick Picandet vit comme un paradoxe.  » Nous développons la formation comme nulle part ailleurs et ce sont les pays voisins qui en profitent « .

Pour lui, le passage à l’euro est presque du pain béni.  » La pratique de la comparaison telle que nous l’exerçons dans le rapport va nous aider à mieux nous défendre « . Pour l’heure, l’action de Patrick Picandet se concrétise par du lobbying auprès des instances européennes.  » Nous développons également une action forte en Meurthe et Moselle pour mettre le patronat devant ses responsabilités lors des prochaines négociations. Il faut des salaires minimum décents. D’autres secteurs comme l’hôtellerie-restauration sont aussi concernés par ce retard. Du côté de la métallurgie et du textile, les fédérations s’orientent également vers l’harmonisation des salaires.

Les salaires de l’hexagone ne sont pas en meilleure position dans les fonctions d’encadrement, par exemple dans les directions marketing.  » De manière général, quelque soit le poste, l’Allemagne paie toujours mieux que la France  » affirme Jean Michel Azzi, responsable de Maesina International Search. spécialisé dans le recrutement  » marketing, vente, achat « . En calculant le salaire net, après avoir retranché les cotisations salariées obligatoires et facultatives et l’impôt sur le revenu, les comparaisons montrent que cette hiérarchie franco-allemande est respectée

Dorian Sabo

*1. Dialogue social et coopération entre les organisations syndicales de la construction en Europe. Octobre 2001

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