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egoequipe.jpg Située dans le quartier de la Goutte d’Or dans le 18è arrondissement de Paris, l’association Espoir Goutte d’Or (EGO) accueille et accompagne des toxicomanes (1). Malgré l’impact de son action, elle est confrontée à la difficulté de trouver des ressources financières suffisantes.

Ce reportage a été rédigé dans le cadre d’une formation animée par Place Publique sur ce mode de traitement.

12 h 30, devant le 13 rue Saint-Luc, à Paris, entre La Chapelle et Barbès (18è). Les habitués attendent impatiemment l’heure d’ouverture de la porte. La grille se lève, ils peuvent entrer « chez eux ». A peine entré, une jeune femme m’accueille et m’accompagne jusqu’aux bureaux situés au fond d’un espace bar-restaurant. Elle me laisse avec la directrice de l’association, Lia Cavalcanti qui, tout de suite, me propose le tutoiement et une tasse de café. Elle se rappelle qu’une femme était venue la voir, il y a quelques années, et qu’un article était paru dans Place Publique.  » Viens voir le résultat de cet article « , me dit-elle, m’emmenant dans le bureau voisin, décrochant un cadre et me montrant le diplôme: EGO a obtenu le troisième prix européen de lutte contre la criminalité.

 » Tu vois ce jeune homme, devant l’ordinateur, poursuit Lia Cavalcanti. Un jour il est entré à EGO, et on l’a aidé, d’abord à se refaire une santé, puis à se réinsérer socialement et même professionnellement « . Grâce à ses études, il est maintenant diplômé d’une école de journalisme, et c’est lui qui s’occupe d’Alter Ego, un journal envoyé gratuitement à toute personne ou organisme qui le demande. Lia insistera a plusieurs reprises :  » EGO, c’est le travail de toute une équipe, il y a Maryse, Leila et Didier, tous les autres salariés, ainsi que les bénévoles « .

Aider, écouter, partager

Désormais, rigueur budgétaire oblige, le journal ne pourra être envoyé qu’à ceux qui pourront payer les frais postaux. Jusqu’à l’année dernière, en effet, le financement d’Alter Ego était assuré par les pouvoirs publics : ceux-ci ont décidé de porter leur participation à 50 % à partir du mois d’août 2002, et rien du tout depuis le premier janvier 2003 !

 » On se demande s’il faut supprimer le journal, donc licencier le journaliste, et dans ce cas avec quel argent ?, remarque Lia Cavalcanti. Ce serait un cercle vicieux : peut-on demander à une entreprise d’insertion de licencier parce que le politique décide de supprimer une ligne budgétaire sans contrepartie ?  »
EGO compte une vingtaine de salariés, et s’appuie sur une quarantaine de bénévoles, qui trouvent dans l’association un cadre pour rythmer leur vie :  » Par exemple, nous avons une mamie de 80 ans qui vient tous les jours bénévolement pour aider, écouter et partager un moment avec ceux qui en ont le plus besoin.  »

Lia m’emmène dans la salle principale. Un peu plus loin, dans le salon lecture, une tasse de café à la main, des personnes discutent, installées confortablement devant un téléviseur. Brusquement le silence se fait : le journal télévisé de 13 heures commence.

Pour les usagers sans domicile, le seul moyen de garder le contact avec ce qui se passe dans le monde, c’est de venir regarder le journal télévisé à EGO.  » C’est comme une place publique, on y vient quand on veut, on y fait des rencontres, on peut discuter, échanger, boire un café, lire le journal, et c’est gratuit !  »

Des membres de l’association ont du consacrer beaucoup de temps à la recherche de fonds, indispensables pour ne pas couler.  » Il faudrait presque employer une personne à temps plein avec pour mission de trouver de l’argent en dehors des fonds publics  » explique Lia.

EGO a failli devoir fermer la cuisine, car elle ne répondait plus aux normes en vigueur.  » Heureusement qu’un mécène qui travaille dans la haute couture nous a donné l’argent pour effectuer les travaux. Tu imagines ce que représente le seul repas quotidien pour un SDF ? Pour un simple problème de normes, on aurait dû les laisser avoir faim ?  » Dans le couloir, un responsable de l’entretien des extincteurs effectue la vérification annuelle.

Une reconnaissance… sans moyens financiers !

EGO gère un autre local, au 56 boulevard de la Chapelle, qui abrite un programme d’échange de seringues (STEP). C’est là aussi que sont soignés les mains et les pieds des toxicomanes.
Au sous-sol, Alberto a le bistouri à la main.  » C’est la troisième lame, explique-t-il, car quand je pratique des soins de podologie, ça peut durer trois heures. A l’hôpital, ils refusent de les faire, ils n’ont pas le temps. Dans le privé, la podologie est considérée comme un acte de confort. Pourtant, quand on demande à quelqu’un de faire des démarches, il faut qu’il sache marcher : avec de telles cales, le port de chaussures est quasiment impossible et la marche est douloureuse à cause des crevasses.  » Avant de partir, Alberto tient à me montrer des photos de mains. La crasse, les mycoses, les callosités rendent les doigts méconnaissables. Alberto m’explique que c’est le résultat du rituel du KIF, c’est-à-dire des fumeurs de crack. Puis, il retourne s’occuper du deuxième pied.

On sait qu’une jeune association doit faire ses preuves avant qu’on ne lui accorde un quelconque crédit. Mais en pleine maturité, faudrait-il qu’elle parte en retraite anticipée ?

(1) Du lundi au vendredi, de 12 h 45 à 17 h 45, EGO accueille une forte proportion de personnes sans emplois (94 %), sans aucune ressource (43 %), sans hébergement (50 %) et sans couverture sociale (31 %).

Contacts :

Accueil EGO

13, rue Saint-Luc, 75018 Paris

Tél. : 01 53 09 99 49

Fax : 01 53 09 99 44

Mail : ego@club-internet.fr

Site Internet : http://perso.club-internet.fr/ego

STEP

56, boulevard de la Chapelle, 75018 Paris

Tél. : 0142 64 23 21

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