Visite, le temps d’un déjeuner, au Coq Héron, un restaurant du 1er arrondissement de Paris qui est aussi une entreprise d’insertion. La menace d’un gel des subventions vient tout juste d’être écartée. Mais dirigeants et salariés savent qu’il leur faudra désormais prouver en permanence leur utilité et lutter pour subsister.

Ce reportage a été rédigé dans le cadre d’une formation animée par Place Publique sur ce mode de traitement.

C’est sous une pluie battante que je découvre une enseigne sobre et discrète. J’emprunte un escalier en colimaçon qui m’entraîne vers un lieu rare et insolite, situé en plein de cœur de Paris, dans des caves aux salles voûtées et spacieuses. Nous sommes au 3 rue du Coq Héron, à Paris, dans le 1er arrondissement.

Je constate immédiatement la belle effervescence qui règne en ce lieu. L’heure est fatidique : l’établissement est sur le qui-vive. Les tables sont dressées. Les cuisines s’activent et le personnel de salle est prêt à accueillir une clientèle pressée mais gourmande, constituée de simples curieux, arrivés ici par le fruit du hasard, ou bien d’habitués, accros à l’endroit.

C’est un jour ordinaire au Coq Héron, un restaurant presque comme les autres : un restaurant associatif, un établissement d’insertion.  » C’est un restau super, me confie ma voisine de table. Les repas sont de qualité, pas chers et le personnel est sympa « . Tout est fait pour que le client soit chouchouté et qu’il veuille revenir :  » Et ce n’est pas chose aisée dans un secteur aussi concurrentiel que celui de la restauration  » indique Didier Bonnavaud, directeur du Coq Héron.

Créé en 1985, l’établissement offre à des personnes en difficultés ou en échec professionnel une chance de retrouver une place dans notre société mais surtout d’apprendre un métier. Nous sommes certes une entreprise d’insertion, mais nous sommes surtout des professionnels de la restauration, dotés de compétences et de savoir-faire « , poursuit le directeur.

Mobilisation contre le gel des subventions

En mai dernier, l’équilibre fragile des établissements d’insertion a basculé à l’annonce du gel des subventions pour l’année 2002.  » Avec cette décision, c’est 130 entreprises d’insertion sur l’Ile-de-France qui risquaient la cessation de paiement et le dépôt de bilan. C’est également 6000 salariés qui risquaient de perdre leur emploi, dont majoritairement des personnes en grande difficulté d’insertion « , dénonce Didier Bonnavaud.

Cette mesure brutale, aux conséquences catastrophiques, a largement agité le réseau régional des entreprises d’insertion et ses acteurs.  » C’était une décision injuste, affirme Julie, étudiante stagiaire au Coq Héron. Elle remettait en question notre utilité au sein du système. Nous assurons pourtant un vrai rôle dans la lutte contre le chômage et la précarité.  »

La stupeur qu’a provoquée ce gel des subventions a naturellement fait place à l’action: lettres d’informations, communiqués de presse, réunions au sein du réseau, pétitions. Celles qui ont circulé (voir Devoir d’agir) ont réuni près de cinq cents signatures.  » J’ai signé, me glisse ma voisine de table. Au-delà du fait que j’aime cet endroit, je ne pouvais pas ne pas réagir face à un pareil recul sur le plan social « .  » Une telle politique aurait été symbole de régression sociale, approuve Christian, l’un des salariés du Coq Héron. C’était la case départ, le chômage et le RMI. D’ailleurs, je n’y croyais pas vraiment.  »

De l’importance de communiquer

La cause a touché, sensibilisé, fait réagir… Et c’est avec un soulagement que la levée de ce gel des budgets a été accueillie le 11 juin dernier. Après cette alerte, qui prouve la fragilité et l’incertitude du secteur de l’insertion, les réactions sont mitigées.  » Ils ont débloqué la situation pour le moment, mais le problème sera le même dans un an, explique une salariée. Ils nous ont donné ça pour nous calmer « .

Cette crise aura aussi mis en évidence des carences dans les actions de communication du secteur de l’insertion.  » Dans un contexte de précarisation de l’emploi, je constate un manque d’information sur le rôle économique que représentent les entreprises d’insertion, souligne Didier Bonnavaud. Pourtant, nous pesons dans l’économie nationale, nous sommes productifs.  »

Cette alerte montre également l’impérieuse nécessité d’être présent dans la discussion politique. Didier Bonnavaud, également président de l’Union régionale des entreprises d’insertion (UREI), en est convaincu :  » L’UREI doit être présente de façon permanente dans le débat politique, et pas seulement lors des situations de crise avec les décideurs politiques.  »

L’importance des missions d’insertion qu’assurent ces entreprises va désormais devoir être défendue et prouvée via une prise de position militante : il s’agit désormais d’une lutte pour subsister.

13 h 00 : J’ai fini mon déjeuner dans cet endroit atypique, dans ce restaurant « valeureux », très loin des endroits branchés et des « fast food » adeptes de la malbouffe. La salle est encore animée par la présence de clients attablés et par l’incessant va-et-vient de Christian, Mona et des autres. Leur service ne sera pas fini avant 15 heures car c’est un jour ordinaire au Coq Héron, un restaurant presque comme les autres : un restaurant associatif, un établissement d’insertion.

Contact :

Le Coq Héron

3, rue du Coq Héron – 75001 Paris

Tél. : 01 40 26 88 68

Fax : 01 40 39 70 02

A Voir également, l’article sur l’Auberge, autre entreprise d’insertion.

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