Président de Finansol, Fédération des acteurs de la finance solidaire, Henri Rouillé d’Orfeuil navigue entre organismes institutionnels et associations, réflexions sur l’économie et actions concrètes. Portrait.

 » La finance solidaire existe parce que le système financier mondial a failli à sa tâche « , explique Henri Rouillé d’Orfeuil, président de l’Association Finansol qui fédère une vingtaine d’acteurs de la finance solidaire. Un produit financier solidaire ressemble comme un frère à celui qu’offre le banquier classique, mais l’argent placé n’a pas la même destination. Placez votre épargne dans un fonds commun de placement solidaire et elle sera investie dans des projets tels que le logement social ou le micro-crédit. Finansol est le porte-drapeau de cette finance alternative. Et Henri Rouillé d’Orfeuil, son porte-parole.

Entre réflexion et action

C’est l’agronomie qui sensibilise cet homme, aujourd’hui âgé de 57 ans, aux inégalités Nord-Sud, à la coopération internationale et qui l’amène au Bénin, à l’âge de 25 ans, pour diriger le Centre interafricain de stages de Cotonou. Il est également docteur en économie et approche les questions de finances locales à travers le développement local en travaillant à la Datar.

Après un passage à la Banque mondiale – institution par rapport à laquelle il reste critique – le Président d’alors de Finansol lui demande de prendre la relève en 1998. Il accepte et se lance dans la finance solidaire.  » Ce qui m’intéresse, ce sont les deux bouts de la chaîne : le débat intellectuel sur des questions telles que la fiscalité, l’emploi, la mondialisation, et surtout l’aspect concret « , confie-t-il.

Et les exemples d’actions concrètes ne manquent pas. Il en va ainsi de l’initiative de la Société d’investissement et de développement international (Sidi), membre de Finansol, qui collecte de l’épargne au Nord et soutient des structures finançant elles-mêmes des micro-entreprises dans 25 pays en développement.
En 2001, ce sont ainsi 300 000 prêts (d’un montant de 50 à 5 000 euros) qui ont été octroyés en Afrique, en Amérique latine, en Asie et en Europe de l’Est.

Pour la diversité économique

De Forums sociaux en débats associatifs, de conférences en rencontres avec les pouvoirs publics, Henri Rouillé d’Orfeuil tente d’expliquer et de promouvoir ce mouvement au niveau français, européen et international.  » La finance solidaire est sortie de l’anonymat et elle a encore de belles perspectives devant elle « , avance-t-il. Le système financier solidaire mondial (SFSM), réseau d’acteurs lancé à Porto Alegre II en janvier dernier, devrait être un catalyseur de ce mouvement en émergence. A ses yeux, la finance solidaire ne sera pas la panacée face aux défaillances de la mondialisation telle qu’elle existe aujourd’hui. En revanche, elle a une place et un rôle alternatif à jouer afin que vive une diversité économique.

 » 20% de croissance en 2002 pour les finances solidaires « 

Selon Finansol, les circuits financiers solidaires progressent malgré la déprime financière. En 2002, l’ensemble des indicateurs (souscripteurs, encours de l’épargne solidaire, projets financés, etc.) de ce secteur affiche des résultats positifs et une croissance supérieure à 10%.

Les sommes placées sur des produits d’épargne solidaire et investies dans des projets solidaires (l’encours solidaire) ont augmenté de 20% entre 2001 et 2002. Elles sont passées de 73,8 ME à la fin 2001 à 91,5 ME à la fin 2002.
Cette épargne est placée en majorité par des personnes physiques. On comptait fin 1996, 12 000 souscripteurs solidaires, ils sont désormais 39 000.

L’augmentation de l’intérêt des Français s’explique par la qualité des placements financiers solidaires qui répondent aux exigences de sécurité et de transparence actuellement réclamées par les investisseurs. Un épargnant solidaire sait si son épargne est placée avec ou sans risque, à quoi elle sert et par qui elle est utilisée. L’augmentation des sommes placées sur les placements solidaires de type  » produits bancaires  » (+ 32% par rapport à 2001) confirme que l’épargne solidaire répond bien aux attentes actuelles des épargnants.

Ces produits, distribués par les grands réseaux (Caisses d’Epargne, Crédit Agricole, Crédit Coopératif, Crédit Lyonnais, Crédit Municipal de Nantes, Crédit Mutuel) offrent en général une bonne sécurité, un rendement financier pouvant atteindre la rémunération des emprunts d’Etat – Tec 10 (4,88% en moyenne pour 2002) – et une rentabilité sociale forte (plus de 50% des sommes placées ou des revenus générés sont destinés au financement de projets solidaires).

33 produits d’épargne solidaire portent désormais le label Finansol (20 en 1999). Le réseau de distribution s’est élargi, il n’est plus nécessaire de changer de banque pour souscrire ce type de placements. De plus, la dernière loi sur l’épargne salariale encourage les salariés d’entreprises bénéficiant de mécanismes d’épargne salariale de choisir des produits solidaires (3 FCPES – Fonds commun de placement d‚entreprises solidaires – sont labellisés Finansol).

Tout en ayant une rentabilité économique, cette épargne a une finalité sociale forte :

– 8 000 entreprises solidaires financées en 2002, contre 4 500 en 2001 ;

– 12 000 emplois créés ou consolidés en 2002, contre 6 000 en 2001 ;

– Logement de 500 familles en France en situation de précarité, contre 360 en 2001 ;

– Attribution de 160 000 micro-crédits dans 30 pays du Sud, contre 150 000 en 2001.

Contact :

Site : http://www.finansol.org

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